La lettre à Lulu
Lulu 51 décembre 2005

À l'arrache. Jussie, j'y reste


La prochaine fois, faudra y aller avec les dents


Avec son nom à se tortiller à la Star Ac', Jussie est vraiment pénible. Cette belle plante se tape l'incruste grave, proliférant dans les marais, en Brière, ou dans l'Erdre. Plante américaine débarquée il y a un siècle en France pour faire joli dans les aquariums, la jussie est très virulente depuis une vingtaine d'années. Une fois échappée dans la nature, pour se débarrasser d'elle, bonjour !

Regroupant conseil général et les sept communes riveraines, le syndicat mixte Eden (Entente pour le développement de l'Erdre navigable), met donc régulièrement en branle des campagnes d'arrachage.

Question jussie, dans le secteur de Mazerolles, la plaine est plutôt pleine. Quatre mois de campagne et une cartographie des zones infectées de cette plante indésirable en ont fait un terrain de jeux au printemps 2005.

Pour que ça puisse servir aux générations futures, en voici la recette : prendre deux bougres, si possible pas trop cons, genre bac+5, diplômés en ingénierie hydraulique et en aménagement du territoire, que l'on vaccinera contre la leptospirose, une gentillesse transmissible par l'urine des rats ou des ragondins. Le premier jour, découverte du milieu : on leur fait faire un tour en bateau sur l'Erdre, histoire de les amadouer. Faut bien que la croisière amuse. D'accord, le bateau est dégueulasse et les gilets de sauvetage maculés de vase puisqu'ils n'ont pas été nettoyés depuis la dernière campagne. Détails.

Ensuite, chaque chasseur de jussie est doté en matériel de technologie lourde : une
poubelle, une caisse, un râteau, une fourche, un crochet, une épuisette. Et un balai pour deux. Sans oublier bottes et cuissardes un peu usées, puisqu'elles ont déjà servi l'année précédente. L'odeur repoussante est d'époque, les trous aussi. Ce qui est bien pratique pour prendre l'eau. S'imprégner du milieu, ça s'appelle. Les cirés sont tout bouchonnés, entassés pêle-mêle, la plupart déchirés. Mais les gants sont neufs.

On n'a pas dû pouvoir récupérer les anciens. «Remontant haut sur le bras, ils constituent un joli piège à humidité, voire un bouillon de culture en fin de journée», dit un des arracheurs. Le milieu, faut l'avoir dans la peau. Le fourgon de fonction sent fort la vase, certainement pour dissuader d'embarquer des auto-stoppeuses. Boulot-boulot ! De toute façon, la camionnette est si petite que tout le matos anti-jussie case à peine à l'intérieur. Comme le confort est ennemi de la productivité, il n'y a pas d'eau propre pour se nettoyer le midi et le soir, pas de douche, pas de place pour ranger ses effets personnels.

Les deux bougres n'ont pas tenu jusqu'au bout de ce contrat pourtant mirifique. Insensibles aux sommes englouties depuis plusieurs années en études diverses, audits biologiques et autres diagnostics d'experts dont l'équivalent en nombre de paires de cuissardes neuves ne leur a pas été communiqué, ces préposés l'arrachage à mains nues ont préféré démissionner. Ingrats ! Saboteurs ! Jussistes !

À l'arrache. Jussie, j'y reste

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