La lettre à Lulu
Lulu 92 - mai 2016

Acidité désoxyribonucléique. Par ici, génome !


À Nantes, la génétique privée se la joue ethnique et développe la chasse au faciès ADN.


Faut se méfier des Caucasiens. C’est une innovation mondiale née en Loire-Inférieure : l’Igna, Institut génétique Nantes-Atlantique, a annoncé mi-décembre avoir mis au point le portrait robot génétique. Une trace d’ADN, cheveu, sueur, sang, salive, prétend déterminer l’apparence physique d’un suspect. La police, les gendarmes, les magistrats vont raffoler de ce système de prédiction morphologique. Le profilage génétique d’un quidam louche dira si le coupable idéal est de type caucasien, alias indo-européen, ou s’il est de type négroïde, sibérien, apache, patagon ou de Garges-les-Gonesses.

Poil aux sourcils

Les enquêteurs attendent des données fines comme l’écartement des pupilles, la largeur de la mâchoire, la pilosité entre les sourcils, le décollement des oreilles, la calvitie, les taches de rousseur, le volume de la boîte crânienne, sur lesquelles planchent déjà des chercheurs en extrapolation de segments d’ADN, à partir de quelques cellules récupérées ici ou là par des enquêteurs. Évidemment, ça prétend être aussi fiable qu’irréfutable, puisque scientifique.
Au départ, il y a six ans, le ministère de la Justice était opposé à ces méthodes de recoupements sur une base génétique. Des scientifiques mettent alors en cause la fiabilité de la prédiction sur ces bases. Des juristes soulignent que l’ADN n’est pas la reine des preuves, même si les juges d’instruction considèrent la génétique comme un recoupement irréfutable. Le procédé a supplanté l’aveu comme preuve suprême de culpabilité.

L’Igna est déjà un des plus gros pourvoyeurs d’analyses ADN à la justice. C’est un des premiers labos français d’expertises criminelles à utiliser des traces d’ADN pour établir les caractéristiques physiques d’un suspect et donc son « portrait-robot génétique », « outil d’aide » pour les enquêteurs.

Togg, flippe ta race

En 2007, le labo privé nantais avait joué les précurseurs avec des tests d’orientation géogénétique (Togg) assurant trouver l’origine géographique du quidam, et la couleur de la peau à partir de bouts d’ADN glanés sur une scène de crime. Avec comme groupes ethniques de référence les labels « caucasien » ou « indien », « Afrique subsaharienne », « Asie de l’Est », ou « Afrique méditerranéenne »*. Compliqué dans la mesure où les résultats d’analyse livrent des dosages de ces ancrages ancestraux, tant de pour cent caucasien, avec une dose de subsaharien (mais pas de Sud-Africains descendant Afrikaner), voire d’autres métissages anciens. Un magistrat narquois a demandé aux experts nantais si la géolocalisation génétique permettait de distinguer un Chinois d’Amérique d’un Chinois de Chine. L’Igna n’a pas répondu. Les juges d’instruction pionniers qui ont eu recours à la prestation nantaise privée l’ont alors fait très discrètement. On marchait sur des œufs. Les portraits-robots esquissés par des caricaturistes sur la foi de témoignages plus ou moins mémorisés ont déjà montré leurs limites, voire leurs fiascos retentissants.

Vichy, sors de ce corps

Avec sa velléité de détermination ethnique, le procédé Togg est tombé sur un os, des magistrats soulevant le risque d’« utilisation à caractère xénophobe ». Dominique Brault, juge d’instruction à Lyon (Syndicat de la magistrature) soulignait : « Dans l’histoire du fonctionnement de la justice et de la police, on n’a fait ce genre de choses qu’entre 1939 et 1944, pendant la période vichyssoise. Avec, derrière, la constitution d’un fichier des juifs qui précisait des éléments physiques de reconnaissance. De façon citoyenne, c’est totalement inadmissible. La police ou les scientifiques ne sont pas là pour constituer des fichiers sur la base de critères raciaux. »* C’est même contraire aux recommandations du Comité consultatif national d’éthique. L’Igna a mis provisoirement ces tests au placard. Après une pause forcée, la chasse au faciès présumé resurgit.

Même sans empreintes génétiques dans le fichier Fnaeg, le Fichier national automatisé des empreintes génétiques, les apprentis sorciers nantais assurent aujourd’hui qu’ils peuvent « déterminer la couleur des yeux ou des cheveux, ou définir l’origine ethno-géographique d’une personne ». Mais l’ethno géographie, m’sieurs-dames, ça n’a rien à voir avec la race. Les chercheurs de l’Igna, qui sont de la race des héros, le savent bien.

Edgar Riotype

* Mediapart, 28 mai 2008.
** En 2012, l’Igna disait traiter quelque 100 000 scellés par an, d’ADN fourni par des policiers, des gendarmes ou des magistrats de toute la France.

Valet de traqueur
Outre la génétique, l’Igna fait parler les ordis, même dits « nettoyés ». Les experts du labo sous traitant de la police traquent des milliers de données stockées, effacées ou non, d’ordis saisis ou de bigophones portables, retrouvant SMS enfouis, photos géolocalisées, journal des numéros appelés… L’Igna, un organisme génétiquement modulé.

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