La lettre à Lulu
Lulu 81 - juillet 2013

Action ! Ouest-France : passage à vide, sauf dividendes


Alerte ! Ouest-France est dans le rouge. Popopop, on se calme : les actionnaires sont toujours bien servis.


Ouest-France poursuit son œuvre de charité. Malgré la perte d’exploitation du journal en 2012, la première depuis la Libération, les confortables dividendes(1) sont maintenus aux actionnaires que chacun sait désintéressés. Le montant ? « Proche de celui des années 2010, 2011 et 2012, à savoir 6,8 millions d’euros »(2). Bon, l’enveloppe a fondu de moitié depuis 2008, mais le magot accumulé au fil des ans laisse encore de jolies étrennes aux 280 rentiers très discrets : leur liste nominative dort au fond d’un coffre-fort caché sans doute en un paradis fiscal du Golfe du Morbihan. Ils doivent leur sort au rachat en 1990 du quotidien par la fameuse « Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste » : ses propriétaires avaient alors reçu en guise de dédommagement des parts d’une société holding, Sofiouest, où ont été logées toutes les filiales rentables du groupe. Et puis, malgré le discours alarmiste (son rôle de composition préféré) du guide suprême François-Régis Hutin, 84 ans, Ouest-France a de quoi voir venir avec une trésorerie nette de 54 millions d’euros et, si les deux ou trois prochains exercices s’annoncent un peu difficiles, on y fera de très belles économies : ses nouvelles rotatives entraînent la suppression de 40 % des ouvriers du Livre. Sans vague, preuve que le Livre a dû être bien traité. Et malgré les prêchi-prêcha du patron, Ouest-France palpe sans barguigner des aides de l’État : montant moyen sur les cinq dernières années : environ 11 millions d’euros par an(3).

Pour les salariés, c’est ceinture cette année. Aucune augmentation. « Rien, zéro, nada »(4), dénonce le SNJ (Syndicat national des journalistes, majoritaire dans les rédactions). Le PDG se justifie en feignant de s’interroger : « Est-ce que le modèle social Ouest-France est soutenable ? » Mesquin, le syndicat souligne qu’en 2012, le « top ten » des cadres a vu ses rémunérations progresser deux fois plus vite que le reste de la troupe. Rappel : la jalousie est un péché capital.

(1)Si le mot « dividende » glisse du « vide » au milieu de « dinde », on ne peut en tirer des conclusions.
(2)La Lettre API, le 29 mai 2013.
(3)11 millions en 2010 ; 14 millions en 2011 (derrière Le Monde : 17 millions et Le Figaro : 16).
(4) Lettre du SNJ n°8, juin 2013.

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