La lettre à Lulu
n°15 - déc

Ah que coucou. Edouard, roi de la piste


Le député-maire d’Ancenis vit un véritable aérodrame intérieur : un an après le ruban coupé, sa piste gadget et sa tour de contrôle vide attendent toujours leur envol.


Ah que coucou. Edouard, roi de la piste
Fin septembre 1996, l’UDF Edouard Landrain inaugure à Ancenis son «Aéropole», un mini aérodrome cerné d’une zone industrielle. Accro de haut vol, le député-maire a d’abord cité Atlanta comme modèle, où le ballet d’aéroplanes a tourné sa tête de touriste ébahi, puis il a plus modestement pris comme référence l’aéroport d’affaires de Toussus-le-Noble en Yvelines, bien connu des gens qui le connaissent. «C’est un caprice de maire, valorisant pour l’image de sa ville, sourit un dirigeant de la chambre de commerce. On ne crée pas un vrai aéroport sans compagnie aérienne, sans ligne régulière».

N’accueillant que des petits coucous, l’aéropole d’Ancenis a malgré tout englouti 54 MF. Attirer les Japonais de Toyota par cet aéroport de poche a servi d’argument premier. Bonne blague : les Nippons sont venus s’implanter pour le voisinage avec leur partenaire Manitou, pas du tout pour cette mini-piste de 1 200 m, avec tour de contrôle sans trafic à aiguiller ni personne pour s’en occuper. Les Japonais n’ont pas vu le hangar désopilant de 600 m2 (coût : 1 MF), doté de portails électroniques basculants s’ouvrant vers l’intérieur, soit 13% de place perdue. Ce hangar est de plus encombré de poteaux intérieurs et ne peut caser que six avions légers. Le journal poil à gratter d’Ancenis, La Chaussette a même enquêté chez un hangarier concurrent : un entrepôt de même surface et sans poteaux aurait logé huit zingues et coûté 40 % moins cher que le modèle foireux avec poteaux.

Jouxtant une zone d’entraînement à basse altitude de l’aviation militaire, la piste écope d’un statut d’«aérodrome agréé à usage restreint». Toute demande d’atterrissage doit être faite avec préavis de 48 h, déposé aux heures ouvrables du service de l’aviation civile. Cet été, des Allemands -une cinquantaine- venant depuis quinze ans pratiquer le vol à voile n’ont pas pu décoller comme ils le voulaient et sont partis fumasses. On ne les y reprendra plus.

«Personne ne s’en sert. Même pour un privé, c’est la croix et la bannière. Mieux vaut passer par les aéroports de Cholet, ou Angers,» dit un industriel d’Ancenis. Selon la direction de l’aviation civile, le trafic «est ridicule, ne dépasse pas la vingtaine de demandes d’autorisation depuis un an». S’y ajoutent les vols des membres de l’aéroclub local qui gère la piste sans le moindre salarié. Son président n’a pas les chiffres précis en tête, mais revendique quelques «10 000 mouvements par an». Des mouvements d’air, sans doute.

Quant à attirer, autour de cette piste, des «entreprises internationales en rapport avec le trafic aérien», c’est le grand flop. Edouard Landrain a réponse à tout : si ça ne marche pas, c’est qu’il est en avance sur son temps. Les visionnaires survolent toujours le présent.

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