La lettre à Lulu
n°27 - mar

Ainsi font, font, font. Trois p’tits morts et puis s’en vont...

Courtoisies de palais



Voilà que nous avons eu droit, il y a trois semaines, aux états d’âme d’un procureur-généalogiste nous expliquant qu’il n’aimait pas les Renault… (Les Mégane, pardon.) Pire : sept jours auparavant, nous avions appris qu’un procureur-médecin sévissait, également au Parquet de Nantes, et ce depuis belle lurette, de promotion en promotion. Malheureusement, si un magistrat peut jouer «Le Médecin malgré lui», ce qui reste son droit, Monsieur Georges Onno, quant à lui, ne fut pas un mort imaginaire…
Le 1er mai, on l’a purement et simplement retrouvé pendu à la grille du mitard de la prison de Nantes, à 1,10 mètre du sol. Assis donc. Il faut dire qu’il s’était précédemment brisé sept côtes et défoncé le sternum en tentant de se pendre de plus haut. Les vrais médecins eurent beau expliquer que de telles blessures excluaient quelque pendaison que ce fut, même assise, «pendaison basse» (dixit l’Adminis-tration Pénitentiaire) rien n’y fit. Les internes de service, juges d’instruction, -hors exercices médicaux- convinrent que tout cela n’était pas très clair, mais que les éventuels coupables, auteurs des blessures en question n’avaient pu être identifiés. Un non-lieu de tous pour chacun. Il faut dire que le fait de retrouver cinq ou six matons à leur poste de nuit, dans une prison, équivaut à chercher une aiguille dans une botte de foin, d’où la difficulté… Dieu merci, la Cour Administrative d’appel remarqua que Monsieur Onno s’était pendu avec sa chemise personnelle, ce qui est «formellement interdit par le règlement.» (sic.) La matonnerie n’avait qu’à lui en fournir une administrative avec laquelle on ne peut pas se pendre, ou dans le cas contraire, en tout respect du règlement, justement. Bien fait pour elle. 50 000 francs de dommages et intérêts rétroactifs depuis 1981, pour la veuve et l’orphelin.
1981 ? Je parlerais donc d’une affaire vieille de 19 ans ? Non ; non. En fait, mon propos était de dénoncer le sort fait à Monsieur Zamani, mort il y a quelques jours à la prison de Nantes. On l’a retrouvé pendu à la grille du mitard, lui aussi, le corps plein d’ecchymoses, avec des traces de «liens» aux poignets et aux chevilles, la jambe gauche éraflée et le bas-ventre tout bleu. Couvert de coups, disons-le. Les discours magistraux ou matonniers sont tellement semblables à ceux de 1981 que la confusion est pardonnable et que ni les uns ni les autres ne pourront m’en vouloir.

J’apprends, par voie de presse, qu’un jeune homme d’un mètre quatre-vingt-dix-huit et de 120 kilos a été retrouvé pendu, il y a huit jours, à un radiateur du mitard de la prison de Lyon, à l’aide d’un lacet. De la marque Kytien, sans doute… (Pendaison basse ?)
<I>- Alors, Monsieur le Procureur ? Quoi de neuf aux Prisons de Nantes et d’ailleurs ?
- La routine, Monsieur ; la routine. Que voulez-vous ? La mort continue…
- Merci, docteur.</I>

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