La lettre à Lulu
Lulu 51 décembre 2005

Allez allez, les pinailleries. Canaris, on vous spolie !


D'inutiles intermédiaires se sucrent au passage sur les réclames que génèrent les pauvres joueurs, délestés de l'argent des commissions qu'ils mériteraient bien pour obtenir des salaires décents. Qui plus est, ces voraces de la pub se bouffent entre eux. Chez Darmon , la pinaillerie est à 900 000 euros.


Allez allez, les pinailleries. Canaris, on vous spolie !
Les audiences des prud'hommes ne sont pas habituées à un tel vertige de fric. La salle voit plutôt défiler des femmes de ménage exploitées et des vigiles escroqués par leur patron. Faut dire que cette fois, le salarié licencié brassait les millions du foot bizness. Il considère qu'on l'a grugé sur son contrat. Pour réparer ces «filouteries», il fait valoir un préjudice de quelque 900 000 € «au principal», comme disent les avocats quand ils ne détaillent pas les petites enveloppes des demandes annexes, heures sup et frais divers, de justice ou de déplacement. 900 000 €, c'est l'équivalent de 739 mois de Smic et des poussières. Christophe Margot, lui, n'est pas smicard. Il a été dix ans commercial en chef au FCN, vendant des emplacements publicitaires, panneaux dans le stade, calendriers, loges VIP, billetterie… Embauché par FCN promotions en avril 1994, il est refilé au groupe Jean-Claude Darmon, et ballotté d'une filiale à l'autre, Girosports, puis finalement Sportfive, quand Darmon fusionne avec Canal + et RTL. Responsable promotion, chef de groupe commercial selon les dénominations, Christophe Margot dirige une équipe d'une demi-douzaine de commerciaux. En 1996, son contrat initial prévoit un fixe de 18 500 F, à quoi s'ajoute une commission de 1 % sur le chiffre d'affaires qu'il récolte lui-même, et une commission de 0,3 % sur le «chiffre d'affaires global» ramassé non seulement par son équipe, mais plus largement par toutes les filiales de Darmon pour des marchés liés aux Canaris et au club nantais. Mais les résultats des Canaris et les matches supplémentaires en coupes de France ou d'Europe gonflent vite le jackpot publicitaire.

Tout à l'avenant

Allez allez, les pinailleries. Canaris, on vous spolie !
À partir de mai 1998, pour réduire ces pourcentages de commissions, des avenants à son contrat de travail lui sont soumis. Qu'il refuse de signer. Ces modifs de contrat distinguent deux chiffres d'affaires, l'un de niveau régional qui lui resterait attribué, l'autre d'envergure nationale qui lui échapperait, notamment pour les sponsors maillots des Canaris. Cette relégation du commercial en ligue régionale réduit d'autant ses gains. Pire, l'avenant pour la saison 1999-2000 prévoit carrément de lui sucrer sa commission sur le chiffre d'affaires global. Le commercial signera pourtant en 1996 et pour trois saisons, puis trois autres, avec la société d'intérim Synergie, pour un montant global de 21 millions de francs (3,2 M€). C'est vrai que le patron de Synergie, Daniel Augereau, est un régional (il est même conseiller régional) et que le siège de sa boîte est à Orvault. Sélectionné une fois comme international de la pub, Christophe Margot signe même les droits télévisés d'un match des Canaris contre l'équipe nationale d'Iran, qui n'est pas resté dans les annales, mais on ne peut pas se souvenir de tout.

Champion de France

Durant toutes ces années, sa chasse aux contrats de pub donne plutôt bien. «Son équipe est la meilleure en France. On a même proposé à M. Margot le poste de directeur commercial national pour tous les clubs de foot français», s'enflamme son avocat, sans doute commissionné d'office. S'il donne satisfaction sans aucun souci pendant neuf ans, ça tourne vinaigre quand il réclame son dû et les arriérés. Ses patrons le licencient. La grosse commission, pas question. Allez, au coin ! Au petit coin, on a dit ! Qui a sifflé corner ?
On le charge de tous les torts : il serait démotivé, insubordonné, il critiquerait sa boîte en public. Pire, il voudrait en monter un autre, concurrente. Et le comble, il a même négligé de dénoncer à ses supérieurs le cas d'une salariée maison, qui faisait un second métier les samedi de match en vendant des billets aux entrées, se retrouvant alors salariée en intérim par Synergie, le sponsor en chef du club. En fait, les pontes de chez Darmon n'ignoraient rien de ce curieux doublon, hérité du temps ou cette dame était payée par FCN promotions, avant de passer sous l'égide de Darmon.
L'avocate parisienne de Sportfive parle très vite. Le TGV n'attend pas. On entend «prétentions surréalistes», et «pure mauvaise foi». Elle tempête : «En ne signant pas les avenants à son contrat de travail, qui fixent ses objectifs pour chaque saison, M. Margot joue au malin», tout en triomphant par avance : «Les plus belles années sont prescrites». Traduire : au-delà de cinq ans, le ramasse-pub peut se brosser pour toucher un fifrelin. Sauf si les prud'hommes retiennent un argument juridique, une dérogation à cette prescription, prévue au cas où le salarié n'a pas connaissance du chiffre d'affaires dont se déduisent ses royalties. Son ancien patron précise que tout était transparent. Mais aucun document ne le prouve. Le chasseur de pub dit qu'on lui cachait soigneusement le chiffre d'affaire sur lequel se basait une part de sa paye. Il ne fait pas trop faire marcher les démarcheurs.



Le résultat sera connu le 9 mars 2006. Qui boira le champagne ? Les paris sont ouverts chez les bookmakers.

Allez allez, les pinailleries. Canaris, on vous spolie !

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