Le drame s'est déroulé en un instant sous les yeux du public : on savait les tensions tendues entre écolos et socialos, personne n'imaginait un tel déferlement de violence. Hélas les faits tonnent comme un coup de canif dans le ciel municipal : lorsque la queue du cortège s'ébranle, les Verts sonnent le branle-bas de combat, le PS ne sait pas encore qu'il va se prendre une branlée.
<B>Pourquoi tant de haine ?</B>
L'enjeu est de taille : qui des écolos ou du PS sera dernier ou avant-dernier dans la manif ? Cinq jours plus tôt, les organisateurs décident de placer les partis politiques en fin de cortège, derrière les associations et les syndicats. Et pire, par ordre alphabétique. Les A comme Alternative rouge et verte approuvent, le P socialiste en prend son parti mais les V verts ne veulent rien savoir. C'est humain. Comme l'erreur du même nom.
L'abécédaire refusé, l'anarchie est à son zénith. Comme convenu, les partis se donnent rendez-vous place du Commerce, derrière tout le monde, à l'exception du PS qui convoque ses militants devant le café Le Français, à l'angle du Commerce et des Cinquante-Otages, c'est-à-dire presqu'en tête de manif. Provocation ? Durant plus d'une heure, les socialistes essuient les insultes des écolos et de l'extrême-gauche. Les esprits s'échauffent : “Vous n'avez rien à faire ici” s'insurgent les uns, “ça suffit !” rétorquent les autres, la virulence des propos rend inutile toute tentative de parlementer, quand la manif démarre enfin. Il est 16h30, la tragédie est inéluctable.
<B>Les Verts renouent avec la violence</B>
Le PS laisse passer les associations et les syndicats, mais force les rangs devant les Verts. La confusion est à son comble, les services d'ordre bombent le torse, les premiers coups partent. Jean-Marc Ayrault, pacifiste dans l'âme, préfère s'éclipser que d'être vu du bon peuple dans cette terrible mêlée. Privé de chef, les socialistes subissent les assauts des hordes écologistes et se retrouvent bientôt pris en tenaille entre la banderole et le camion sono des Verts. Vont-ils battre en retraite ? Yannick Vaugrenard et Dominique Malinge, secrétaires fédéraux du PS, préfèrent périr que céder un pouce de bitume. L'honorable Roland Andrieu, soixante-quatorze ans aux prunes, élu socialiste depuis Chenard, traite de “pauvre con” un militant écolo. Bernard Renou et Gérard Aubron excitent leurs troupes vertes de rage. Ce dernier, élu Vert à la mairie, se met soudain à hurler : “Y'en a ras le bol des socialos !”, tandis que leur camion sono roule sur les socialistes, manquant d'en écraser des sections entières. Les poings s'envolent, les pancartes s'abattent sur les crânes en feu. Seuls le Vert Ronan Dantec et le député PS Patrick Rimbert essaieront de calmer le jeu, en vain. Il est 16h32, la banderole socialiste mord la poussière : la défaite est consommée, le dernier carré socialo doit se rendre à l'évidence, les écolos sont passés un à un devant eux, en tête du début de la fin. On appelle Bernard Kouchner ?