Les collectivités ont déjà investi près de neuf millions d’euros dans l’aventure depuis 2005. Rien que pour 2010, les deux chaînes ont reçu 2,2 millions de subventions. «Ça devrait baisser, explique Éric Warin à Lulu. On vise un modèle doté d’une assise d’aides publiques de 1,8 million d’euros et des recettes de pub et de partenariat d’1,2 million». Question perfusions publiques, la formule c’est «le devoir d’intervention des collectivités locales» d’autant que «le rendement d’un média par unité d’audience est partout en baisse» et «le secteur a besoin d’aide pour parvenir à maturité»**.
Un récente étude sur toute l’Europe*** confirme que «les télévisions locales ont des rentabilités marginales, voire négatives, et nécessitent pour la plupart des subventions pour perdurer». Comme ça rapporte par assez lourd par tête de pipe, c’est aux têtes de pipe de faire le complément, subventionnant via l’impôt la société anonyme qui va gérer la télé deux-en-un. Pour étayer une si belle idée, on va chercher un penseur indépendant, Patrick Ardois, patron de Double Mixte, la boîte de com qui gère les budgets des collectivités qui financent justement ces télés, lui même administrateur de Télénantes. La citation stratégique ? «Nantes doit reconquérir l’autonomie perdue sur le plan des médias comme elle a su le faire au niveau culturel et universitaire. Une grande ville sans grand média incarnant son identité est infirme sur le plan essentiel de la représentation». C’est beau comme du Gracq. L’idée ? cette télé est là pour servir : «Les médias incarnent l’idée du territoire et contribuent à sa cohérence». Bien sûr, faudra une «compression des budgets d’exploitation». Pour ce faire, le lien avec l’école privée Sciencescom et ses gentils stagiaires zélés sera bienvenu. Éric Warin, pur hasard, est justement directeur général adjoint, chargé des enseignements média dans cette école où la scolarité coûte de 5 400 à 7 250 euros par an et par tête. Tant qu’à faire, le rôle formateur de la télé sera double bénef puisque le projet permettra «de proposer des ressources supplémentaires à la télévision et aux médias locaux grâce à la formation et la recherche». Faut bien faire marcher ses antennes.
Jean-Pierre Pernossou
* Com&Médias, 7 septembre 2010
** Audition devant le conseil de développement de Nantes métropole, février 2009
*** «Les conditions de réussite de la télévision locale en France sur la base d’une comparaison internationale», étude du cabinet Analysys Mason pour le CSA et la Direction générale des médias et des industries culturelles, octobre 2010