La lettre à Lulu
Lulu 86-87 - novembre 2014

Au poêle ! Le dircab bat en retraite


Le conseil général perd un grand homme, pas brillant mais si attentif aux autres.


Après dix ans de dircabisme au département, Patrick Gaudin a pris sa retraite. Lors de la cérémonie d’adieux, le 14 octobre, son deuxième président, Philippe Grosvalet, y est allé d’un hommage : "Briller, ce n’est pas son truc. Il est très discret"*. Gaudin, ce maestro pas brillant de l’intrigue politique en Loire-Inférieure ne poura plus regarder des parties de foot de la coupe du monde sur écran plat les pieds sur le bureau? Ni distribuer les quelques deux centaines de places dans la tribune présidentielle à chaque matches à La Beaujoire. Terminé pour Gaudin, les bouquins rédigés par son neveu qu’il a fait embaucher. Bouclé-publié-livré en toute urgence pour trôner le jour du départ, le dernier opus est d’importance mondiale : on y trouve la liste de tous les présidents, mais surtout celle des dircab… On a ainsi eu : 1905, l’engagement laïque de la république ; De la Loire-Inférieure à la Loire-Atlantique ; l’immanquable Liberté, égalité, fraternité, mais pas Paternité ni Maternité. C’est donc une œuvre inachevée. Pour le pot de départ, l’affichette apposée dans les couloirs du Département revendique pourtant une auto reconnaissance en paternité : "Des livres pour tous, sur une idée originale de Patrick Gaudin", formule modeste déjà apposée sur tous les bouquins en question. Des livres considérés comme un « miroir narcissique du directeur de cabinet »** et payés trois fois : rédaction et mise en page par des salariés du Département ; des exemplaires préachetés à l’éditeur pour refiler gracieusement aux invités de marque de la collectivité ; le prix de vente public pour le commun des mortels.

Fini, le coup du restaurant Le Monte Cristo à Vertou qui après le repas pris par Patrick Gaudin se retrouvait avec un joli reportage dans le journal du département en juillet 2011. Fini aussi le temps des médiocres trop sensibles qui sortaient en pleurs de son bureau. Plus de bureau, plus de bourreau.
Le cabinet du Président, secrétariat, chargés de mission, communication externe, est passé son règne à quelques 81 personnes lors de son départ***. Une vraie PME. Pour les mêmes fonctions, la droite plafonnait à 40 personnes et la gauche trouvait déjà que c’était trop... Et on dit qu’il n’y a pas de croissance en France.

Terminé, ce temps où les agents devaient s’écraser devant lui : "Soit c’était un truc louche à nous demander, soit une info sur quelqu’un, sa couleur politique...". Les conseils généraux, ça va, les renseignements généraux, c’est mieux. Désormais il n’a plus besoin de prendre la tête de ses subalternes pour savoir si tel responsable d’association subventionnable ou interviewé pour le journal de la collectivité est du bon bord, entendez pro-PS, et surtout favorable à l’aéroport de ND-des-Landes, l’obsession de l’ex-dircab. Préoccupation récurrente lors des convocations dans son bureau : "Pourquoi t’es pas PS ?". Le péché originel, jamais soigné : "Et tu n’as jamais souhaité l’être, tu sais c’est grave, une telle trahison". Soit en plus direct : "T’es pas des nôtres", voire "T’es clairement de droite, alors". C’est vrai que pour un directorus cabinetum vulgaire, c’est connu, le monde est binaire, avec une ligne de front nette entre ceux qui sont dans le bon camp, et les ennemis.

Selon certains fonctionnaires sous sa coupe, sa devise hésitait entre "trahison et suspicion" et "ego et parano". Concocté pour son départ, un faux magazine de 18 pages intitulé ironiquement Patrick Gaudin a de l’avenir, publie un nuage de mots provenant d’un sondage interne par mail. Le plus gros mot est "parano". Entre divers adjectifs complaisants, l’hommage nuancé retient des amabilités : "anxieux, redouté, soupçonneux, autoritaire, colérique" et même "Herr-direktor". Le genre à faire espionner les messageries du petite personnel et à s’en vanter ouvertement en arguant d’un "audit sur les comptes de messagerie" même s’il n’y aucun dysfonctionnement à inspecter. Gaudin était capable de demander un avis de décès de la grand mère d’un agent, à la mairie à l’autre bout de la France, pour être sûr que ce très potentiel tire-au-flanc n’ait pas inventé un enterrement et se payer du bon temps : "J’aime bien vérifier". Le bonhomme est parti. Les agents du département peuvent le vérifier tous les jours.

Marc Yavel

* Ouest-France, le 13 octobre 2014
** Presse-Océan, le 10 novembre 2011
*** Dont trois assistants de l’opposition, soyons honnêtes, et en reprenant en interne des taches externalisées.

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