Tout le monde loue Marguerite, le nouveau système d'abonnement pour louer une auto à la demande. Enfin, on loue surtout l'idée. Question clients, ça ne décolle pas trop. Les chipoteurs comme Lulu ont trouvé ce qui coince. Déjà, il ne faut jamais avoir «fait l'objet de poursuite judiciaire pour une infraction au code de la route». Ça élimine tous ceux qui ont déjà perdu des points et été condamnés pour excès de vitesse. Les rescapés de cette clause qui persistent à vouloir adhérer à Marguerite doivent impérativement fournir justificatif de domicile, copie du permis de conduire mais aussi une copie de carte Vitale. Pourquoi le numéro de sécu pour conduire une tuture de loc? La Commission nationale informatique et libertés a déjà tranché. C'est non ! «au regard des risques présentés par l'utilisation du NIR, le numéro d'inscription au répertoire national d'identification des personnes physiques», alias numéro de sécu. Seule dérogation, «la poursuite d'un besoin d'intérêt général», essentiellement dans le domaine de la santé, ce qui n'est pas le cas. L'opérateur, Auto partage, une société par actions simplifiée au capital de 250.000 euros n'est pas un service public, même si le standard public est assuré par la Semitan, partenaire de la société. La standardiste explique que le numéro de sécu, c'est normal, pour retrouver plus facilement les tricheurs, «identifier les personnes en cas de chèque sans provision». Ah bon? À la tête de la société Auto partage, mais aussi d'Europcar Nantes et de Loc eco, Tony Lesaffre est bien embêté: «La carte Vitale, pour nous c'est un papier d'identité comme un autre». Déclaré à la CNIL, le fichier des adhérents à Marguerite ? «Euh, non, mais il le sera, bredouille-t-il. Ou alors on demandera un bulletin de paie, comme le font beaucoup de sociétés de location de voitures. Bulletin où figure le numéro de sécu. Jamais entendu dire que ça posait problème».
La CNIL rappelle que l'origine de la loi informatique et libertés est liée au rejet du projet SAFARI d'interconnexion de fichiers publics à partir du numéro de sécurité sociale ou NIR. «L'utilisation généralisée d'un identifiant unique dans l'ensemble des fichiers, en ce qu'elle faciliterait leur interconnexion, permettrait de tracer les individus dans tous les actes de la vie courante». En 2006, la même CNIL avait refusé à des banques d'utiliser le NIR, même sous prétexte de lutte contre la fraude ou l'homonymie. Pareil pour les services commerciaux des mutuelles et des assurances. Pour la gestion de ses actions commerciales, chaque organisme doit se doter d'un identifiant spécifique. Même pour les voitures. Un principe louable.