La lettre à Lulu
Lulu 72 - avril 2011

Blablaverdurable. L’aéroport qui se plante


Première opération : repeindre le baratin en vert. Histoire de planter les écolos en leur coupant l’herbe sous le pied.
Y a des coups de pied au HQE qui se perdent.


Blablaverdurable. L’aéroport qui se plante
Lire les prescriptions* pour la construction de l’aéroport fait tomber sur des explication fumeuses. Merveilles de la fiction, les images de synthèse dessinent au paysage plus vert qu’aujourd’hui, et même des moutons sous des panneaux d’une hypothétique «ferme photovoltaïque» de 100 hectares. Le discours suit la même veine. Leitmotiv de ces annexes techniques, le bocage, garanti plus beau qu’avant.
* schéma de composition générale, annexe 8

● Horticole. Prise dans une «démarche paysagère», et «pour rechercher une nouvelle harmonie dans la transformation du paysage», l’implantation de l’aérogare et des pistes prétend respecter le bocage, étant donné «l’importance de l’image qu’il présente pour le développement de la région au travers de sa vocation horticole». Horticole ? On cherchera vainement les serres et pépinières dans ce bocage qui n’est évidemment pas horticole. Jardins et potagers y sont rares, et on n’y cultive ni fleurs ni légumes. Juste des vaches laitières. Quand on est ingénieur aéronautique, tout ça, c’est vachement vague.

● Futur antérieur. Il ne faudrait pas croire qu’un aéroport détruise la campagne. C’est tout le contraire: il faut «offrir une vitrine végétale représentative du bocage de la région», et «développer le végétal à partir de l’aéroport, en plusieurs dimensions : celle de l’histoire et celle du devenir». Allusions historiques et science fiction : ça vaut toutes les fumures naturelles.

● Nature en toc. Croix de bois, croix de fer, l’aéroport est conçu avec «une relation prioritaire Naturel / Artificiel», qui touche vite ses limites que la langue de bois ne peut masquer: «On ne peut évidement pas nier que les installations de l’aéroport ont une présence artificielle qu’il ne convient pas de cacher mais de réduire». Il est en effet bien question de remblais, terrassements et dépôts de matériaux, mais il faut «utiliser le motif du bocage (haies, prairies et damier de champs) comme un emblème pour ce nouvel aéroport». Finalement, la priorité au naturel se limite à une toiture végétalisée, 11 394 places de parking sillonnées de quelques fausses haies, et un peu d’herbe autour des pistes, comme dans n’importe quel aéroport, mais attention, subtile innovation : «les surfaces les plus proches des pistes d’atterrissage sont couvertes d’herbacées rases de différentes couleurs, ce qui rappelle la géométrie des surfaces encadrées de haies, mais sans celles-ci». Mieux que du bocage Canada dry, c’est juste un coloriage à voir de haut. Pas facile de faire passer les vessies en béton pour des lanternes bio.

● Touche du bois. Après avoir traversé un faux bocage de parking (avec «présentations historiques du bocage, panneaux, visuels»), le voyageur va se trouver dans une «forêt» de quelques pieds de palmiers, camélias, magnolias. C’est le concept du local au global. De la verdure du coin à l’exotique, comme métaphore du voyage. Simplement génial. Ce n’est pas tout : «Les façades du terminal, en éléments de bois massifs évoquent une "forêt construite"». Rien que ça. Et elles «placent les bâtiments en résonance du paysage existant», qu’on a accessoirement ratiboisé. Comme Vinci ne recule devant aucun sacrifice pour paraître écolo, la zone commerciale présentera «quelques maquettes et démonstrations montrant le rôle qu’a joué le bois dans l’aventure aéronautique, par exemple les hélices». Pour la couleur locale, il faudra penser à lâcher quelques lapins verts de peur.

● Sous le tapis. On n’est jamais assez audacieux. Question architecture, «le terminal se glisse sous ce paysage, il s’installe sous une pièce de bocage qui simplement le recouvre». Voilà enfin la confirmation que ce projet d’aéroport est enterré.

● Bien placé. Vinci n’oublie pas qu’un de ses métiers est de louer des places de parking. Le plus proche du terminal passagers, le parc de stationnement Premium de 448 places, les plus chères, est destiné «à évoluer dans l’avenir en parking silo de capacité supérieure».

 Or ni car. Dans les engagements de l’État, il est question d’«assurer potentiellement une desserte tram-train de l’aéroport», mais potentiellement seulement. Sinon, «dans l’hypothèse où le tram-train ne serait pas opérationnel à l’ouverture de la plate-forme aéroportuaire, assurer une desserte cadencée par autocar avec un bon niveau de fréquence».

● Carbone à tout faire. Le phénomène d’exclusion impacte affreusement nos amis avions, qui seront exclus du bilan carbone. Réduire ses émissions de CO2 est évidemment un élément stratégique d’affichage d’un projet si vertueux. Reste que le bilan carbone présenté est «fondamentalement soumis aux aléas sur les hypothèses faites. Ainsi, il ne faut pas considérer que les coûts en carbone – pour la construction et la gestion de l’aéroport – ne sont et ne sont seulement que ceux présentés ci-dessous, mais qu’ils peuvent être amenés à varier suivants d’éventuels changements», avec mises à jour «en fonction des éventuelles variations du projet ultérieurement». Plus on est de flous, plus on rit. En tous cas, là où il est précis, c’est sur ce qui ne compte pas : le «périmètre du bilan carbone» a d’ores et déjà exclu la tour de contrôle, l’hôtel attenant, le resto inter-entreprises, mais surtout « les déplacements des avions au sol et dans les airs »]i, ainsi que ceux du personnel et des passagers. Faire les comptes d’un aéroport sans compter que les avions et les passagers se déplacent, fallait oser. 

Lu 1326 fois













La Lettre à Lulu : L'arbre aux hérons, tout un poème... #arbreauxherons #Nantes https://t.co/iUQmsOuJ88
Jeudi 17 Août - 12:09
La Lettre à Lulu : @sandrinejossoAN Conférence chez Jaune Turquoise entre passeurs de feu et chamanes ça coupe l'appétit, ça ignifuge… https://t.co/pm6B4yaalC
Jeudi 20 Juillet - 17:44
La Lettre à Lulu : @sandrinejossoAN Et la formation pour l'institut qui place les produits du sponsor, Oligosanté, c"est un arrangemen… https://t.co/OUbV5Ox4nW
Jeudi 20 Juillet - 17:06
La Lettre à Lulu : @sandrinejossoAN Un plan d'apurement, c'est avant le dépot de bilan, pas après. Ou alors c'est de l'apurement post mortem. Original.
Jeudi 20 Juillet - 17:03
La Lettre à Lulu : @sandrinejossoAN On parle pas d'il y a 14 ans. C'est pas d'l'archéologie. C'est une appellation cadrée par la loi.
Jeudi 20 Juillet - 17:01