La lettre à Lulu
Lulu 51 décembre 2005

Boss du taf. On ne les a même pas convoqués


L'inemploi mène à tout, même à vouloir rencontrer celui qui gère votre emploi du temps. Des chômeurs ont interpellé le patron de l'ANPE. Sans la moindre formation au chahut collectif.


Boss du taf. On ne les a même pas convoqués
Lui, c'est le «patron des chômeurs» comme disent les militants d'Agir contre le chômage. Tout boss qu'il est, Christian Charpy, le nouveau directeur général de l'ANPE, a bel et bien été empêché de distiller la bonne parole à ses troupes le 30 novembre à la Cité des congrès. Devant un parterre de 700 cadres, chargés de mission et conseillers techniques
du grand ouest, il était gentiment venu présenter le quatrième «contrat de progrès» de l'ANPE. Au début, il croyait à un canular, du théâtre de l'entreprise pour animer les travées de la Cité des congrès. Il a continué à parler dans le brouhaha grandissant, comme si de rien n'était. C'était sans compter sur les moins-que-rien pas contents du nouveau système de contrôle renforcé des chômeurs (en termes polis, on dit «suivi mensualisé personnalisé»). Et qui rechignent contre la généralisation des CDD au détriment d'emplois moins précaires : «70 % des embauches actuelles se font en CDD : l'ANPE est-elle une entreprise d'intérim ?».

Les manifestants voulaient savoir ce qu'on entend par accepter un emploi «convenable», entrant «dans le champ de compétences» du chômeur, genre chauffeur livreur de nuit
à temps partiel au SMIC horaire sous prétexte qu'on a le permis de conduire, sans tenir compte d'autres qualifications.

«Convenables», des boulots sous payés, ultra-précaires, comme le RMA ou le contrat d'avenir ? Acceptables, les pressions sur les RMIstes pour leur faire accepter n'importe quel emploi, alors que beaucoup ont des problèmes de logement, de santé, de mobilité ? Et que dire des 80 h de travail non rémunérées imposées à répétition aux chômeurs dans les entreprises grâce aux EMT, ces évaluations en milieu de travail, périodes d'essai en toute gratuité pour les employeurs ? Et refuser un emploi loin de chez soi, c'est un motif de radiation ?

Mais Christian Charpy n'a pas voulu répondre à ces questions existentielles et a préféré quitter la salle, sans doute pour bûcher de bons arguments. «On a continué à égrener nos questions, à interpeller les agents ANPE présents aussi réactifs que des mollusques, ou que des oursins, pour certains», raconte une militante d'AC ! Jusqu'à ce qu'une «pause café» providentielle vide la salle, ne laissant que quelques agents de l'ANPE «pour garantir la sécurité» des protestataires. Pour calmer le jeu, le patron des chômeurs a accepté de recevoir une délégation de syndicats de l'ANPE, mais pas les trublions d'AC !, simples clients de l'agence qui gênent la gestion statistique des désemployés. Dans ces conditions, les syndicats ont refusé l'entrevue. Comme le roseau de la fable, l'ANPE plie, mais n'emploie pas.

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