La lettre à Lulu
Lulu 56 - mai 2007

C'est à boire qu'il nous OF. La cuite au prochain numéro


Entre cantiques et chansons à boire, Ouest-France a choisi le pinard de messe.
Et la schizophrénie qui dénonce les méfaits de l'alcool tout en les encourageant.

 
La morale, c'est bien gentil, mais c'est pas ça qui va attirer les jeunes à lire Ouest-France. Cet excellent journal traite pourtant des problèmes de société avec sobriété. Exemple l'alcool. On le sait, c'est pas bien de s'adonner à la boisson. Ça saoule, ont constaté les plus éminent experts. La démocratie chrétienne n'étant pas soluble dans l'alcool, Ouest-France titube un peu. Tout à son manque d'élixir de jouvence, le groupe multiplie les formules pour flatter les djeunes. Au risque de paraître avoir une position alambiquée sur l'alcool. Ainsi le site internet maville.com publie à foison des photos des tonus et des folles soirées diantes. On y lit aussi les annonces des prochaines fiestas où la bière est à deux euros, le "hard" à trois, le tout sponsorisé par Hitwest, la radio du groupe Ouest-France. Evidemment, il faut compter sur l'open bar pour s'abreuver gratis, sans limite, sauf celle du bout de la nuit. Open bar, c'est alcool à gogo. Les photos de ces soirées arrosées présentent des galeries de fêtards émêchés, aux yeux allumés, accoudés au bar ou dansant dessus. "Y'a pas que les études dans Maville !" dit le site. Y'a aussi ma biture collective, mon vomi instantané et mes lendemains qui gueulent de bois.

Quand un article traite de la soirée de l'Icam, l'Institut catholique des arts et métiers nantais* la plus grosse teuf étudiante de l'agglo, le regard se fait amusé, presque complice. L'alcool est un élément constitutif de la nuit : tant qu'à faire on précise, texte et photo couleur à l'appui que deux travailleuses de la nuit, deux "miss Kronenbourg font la promotion de la brasserie" du même nom.

Sans que cette poussée à la consommation et ce contournement explicite de la Loi Evin ne fassent tiquer. Une marque de champagne (non citée celle-là) a aussi fourni tabliers et calicots estampillés à son sigle. "Un parrainage pourtant interdit par la loi", commente laconiquement l'article. C'est pas bien de s'allumer mais ça reste entre gens dignes. Le même alcoolisme, mais dans la rue, est trait" autrement dans la rubrique faits-divers du même jour, qui titre: "Gnôle, geôles". Cet alcool-là rejoint l'axe du mal. La police veille et remplit ses cellules de dégrisement. On oubliera au passage un vieux fait divers d'octobre 2004, quand un policier nantais bourré a provoqué à la roulette russe un collègue tout aussi allumé, et que le coup de flingue a dessoudé la moitié de ces deux policiers beurrés com des petits Lu. Mais ça devait être dans un espace virtuel puisque, comme chacun sait, la consommation d'alcool est interdite sur les lieux de travail. On oubliera aussi l'épisode peu glorieux où Ouest-France, via sa régie pub, s'est fait payer par la préfecture de région Bretagne la publication de publireportages maquillés en enquêtes, le tout pour fustiger l'alcool festif des jeunes**.

Boire ou conduire
Le lectorat étudiant étant décidément un nouvel objectif majeur pour faire baisser l'âge moyen de la clientèle, Ouest-France ne se contente pas de servir gratuitement le quotidien du jour dans différents points du campus (au grand dam des kiosquiers alentours, qui eux vendent le même journal du même jour). Nouvel article sur les tonus étudiants**. Une demi-page qui, le jour anniversaire du fameux mouvement de mai 68 ne traite pas "de la misère en milieu étudiant" mais bien du bizness des soirées. Cette fois, l'alcool est envisagé comme "le nerf de la guerre" et non pas un vice préjudiciable aux neurones de ces futurs chômeurs. Cette source de revenu bienvenue est ainsi précisée "pour une soirée de 1000 personnes, avec open bar, on prévoit de 4000 à 6000 litres". Dit autrement, ça fait quand même de quatre à six litres par tête de pipe. Gin-tonic, vodka piment, soho-orange, whisky-coca, rhum-machin, ou autres joyeusetés qui déchirent. Et quand il n'y a plus d'alcool à 2 h 30 du mat, c'est la cata. Auprès des BDE, alias bureaux des élèves, organisateurs de ce beuveries, les grandes marques d'alcool se montrent très offensives . Y'aurait comme un marché. Faut bien que les fabricants d'alcool forment leur clientèle, si possible dépendants, c'est bon pour les dividendes. Quentin, étudiant en première année à l'école centrale le dit carrément : le but, c'est "boire sans se ruiner". Ouest-France se vante de participer à ce qui est réprimé ailleurs : pour alléger la facture de ces soirées, les sponsors et autres partenaires jouent un rôle important : maville.com prend en charge l'affichage, différentes marques d'alcool offrent des cadeaux***. D'ailleurs, la morale est sauve, en marge de de ces bitures en règle, on présente une initiative pour raccompagner les plus émêchés. Le lendemain, Ouest-France titre courageusement "Les jeunes et l'alcool : on ose en parler"****. Faut dire que là, ça rigolait plus, un gamin de 12 ans s'est retrouvé quasiment en coma éthylique. Ouest-France épingle la banalisation de l'alcool qui "a fini par intoxiquer les plus jeunes". Fini, fini c'est bien gentil, mais qui c'est qu'a commencé ?

Alain Bibé

* Le 29 janvier 2007
** Libération, le 20 décembre 2005
*** Le 22 mars 2007
**** Le 2 mars 2007

Lu 2018 fois













La Lettre à Lulu : Procès de l'ex-préfet de Loire-Inférieure, Jean Daubigny. La lettre que Lulu lui a adressée l'an dernier… https://t.co/c8aXZHMsGw
Dimanche 10 Septembre - 13:47
La Lettre à Lulu : L'arbre aux hérons, tout un poème... #arbreauxherons #Nantes https://t.co/iUQmsOuJ88
Jeudi 17 Août - 12:09
La Lettre à Lulu : @sandrinejossoAN Conférence chez Jaune Turquoise entre passeurs de feu et chamanes ça coupe l'appétit, ça ignifuge… https://t.co/pm6B4yaalC
Jeudi 20 Juillet - 17:44
La Lettre à Lulu : @sandrinejossoAN Et la formation pour l'institut qui place les produits du sponsor, Oligosanté, c"est un arrangemen… https://t.co/OUbV5Ox4nW
Jeudi 20 Juillet - 17:06
La Lettre à Lulu : @sandrinejossoAN Un plan d'apurement, c'est avant le dépot de bilan, pas après. Ou alors c'est de l'apurement post mortem. Original.
Jeudi 20 Juillet - 17:03