La lettre à Lulu
Lulu 67 - décembre 2009

Caravaning. Ayrault se la joue Nomad Max


Pour éviter de glisser dans l'ère post apocalyptique où un Rom deviendrait maire de Nantes, Nomade Max, alias Ayrault Jean-Marc, tient la ville d'une main de fer. C'est le pitch d'un reality film de science-fiction de maintenant.


Caravaning. Ayrault se la joue Nomad Max
« Un équilibre entre humanité et fermeté » : c'est la formule d'Ayrault pour les Roms, reprise par l'adjoint à la sécurité Gilles Nicolas* lors de l'expulsion sans ménagement des Roms installés sur des terrains de la ville de Nantes et Nantes métropole du Bas-Chantenay. On cherche en vain l'humanité*.

On prend les flics pour des flics. On se trompe. Ils ne sont parfois que des agents de la circulation. Pour virer les Roms du Bas-Chantenay et éviter une néfaste transhumance des caravanes qui aurait déprécié le commerce du centre ville et les marchés de Noël, la bleusaille a fait barrage côté est. Pas grand choix pour les familles : à l'ouest toute... jusqu'à chez les voisins indrais et herblinois. Pour les édiles nantais, c'est bon débarras. Le patate-chaudisme a encore frappé.

Maire d'Indre, homme de conviction, de gauche non encarté, Jean-Luc Le Drenn a dit stop. Expulser encore ? Il le pouvait, le dir cab du préfet le lui a confirmé. Il a refusé, estimant qu'il fallait que les élus de Nantes Métropole trouvent une solution humaine et durable. À Nantes, le discours de Gilles Nicolas est bien rôdé : « La ville accompagne 47 familles, plus de 200 personnes, vers une intégration par le logement et le travail. Nous n'irons pas plus loin. »**

À l'échelle de la sixième ville de France, deux cents personnes, c'est énorme ! Lulu a fait le calcul : 0,07 % de la population... De toute façon, Nantes estime que c'est de la charité pure, le problème n'étant pas de son ressort : « Les collectivités locales ne peuvent pas résoudre un problème qui est d'ordre national, européen. L'Etat doit agir. »** En attendant on expulse, on repousse plus loin, on rend la vie impossible et les terrains vagues inaccessibles. Il faut donc le maire d'un patelin de 3700 habitants pour dire stop à l'hypocrisie et accepter pour un temps d'accueillir ces 30 familles, surtout originaires des environs de Drobeta-Turnu-Severin, une ville portuaire sur le Danube, en Roumanie. La position du maire et d'une partie de son équipe n'a pas ravi tout le monde. À Indre, pas de liste de droite aux dernières municipales. Tous les élus se réclament de gauche. Pour « informer » les Indrais, Serge David, chef de file de l'opposition, (donc, officiellement idées de gauche) bourre les boîtes aux lettres de la copie d'un topo publié par Novopress, un site de propagande lancé par Fabrice Robert, ex-conseiller municipal FN à la Courneuve puis fondateur du ramassis d'extrême-droite Bloc identitaire. La diffusion du tract a finalement soudé des habitants autour du maire et poussé à créer un collectif d'entraide, baptisé Romsi, pour accueillir les familles, faire connaissance, lister les besoins, collecter des vêtements. Et qui entend peser à l'échelle de l'agglo pour trouver des solutions durables.

Pour informer ses administrés, le maire a tenu un conseil municipal extraordinaire largement ouvert, dans un gymnase finalement bondé. Faire face, chercher des solutions pour vivre en bonne intelligence, pousser l'agglo à prendre ses responsabilités ? L'opposition vote contre, les opposants à l'arrivée des Roms sifflant le maire à la fin de son speech. Chaque semaine, la commune offre quand même un accès aux douches dans un gymnase. Les deux groupes scolaires accueillent une douzaine d'enfants dans plusieurs classes. D'autres ont voulu poursuivre leur scolarité dans les écoles nantaises où ils étaient jusque là, même s'ils doivent traverser la ville pour ça.

Selon l'attachée parlementaire d'Ayrault à Saint-Herblain, bon nombre de maires de l'agglo ne veulent pas de Roms chez eux. Répartir les familles pour éviter les zones ghettos ? Ça va pas être facile, dit-elle... Le grand manitou de Nantes métropole pèserait donc si peu face à la mauvaise volonté de quelques maires ? Sauf peut-être lorsqu'il s'agit d'un projet d'aéroport. Justement, si l'aéroport ne se fait pas, on pourrait y faire un centre d'accueil géant. Pour donner à Nantes une vraie dimension internationale.

Melgib Sonoveguen

* voir Nos voisins les Roms,, Lulu N° 66
** Presse-Océan, le 30 octobre 2009

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