La lettre à Lulu
Lulu 70 - novembre 2010

Case prison. Les pousse-au-placard vous saluent bien


Chronique d’une après midi d’abattage au tribunal de Saint Nazaire. L’après-manif sera punitive, expéditive, répétitive, pas très objective. Récit par deux lycéennes découvrant la justice.


Case prison. Les pousse-au-placard  vous saluent bien
Lundi, 16h, palais de justice de Saint-Nazaire. Comparution immédiate de trois jeunes interpellés en fin de manif du samedi 16 octobre, en battant retraite devant les soldats bleus de la sous préfecture. Le juge, qui ne cache pas son agacement, présente le premier prévenu comme un «jeune homme de type européen» avec «une coupe de cheveux de type rasta». Jérôme n’a ni emploi ni ressources. Juste un CAP et un casier judiciaire avec mentions : des condamnations par le tribunal des mineurs, vol, usage de stupéfiants. Le second prévenu, vingt ans, mère alcoolique, placé en famille d’accueil, livré à lui-même à sa majorité, pas de casier. Ni emploi, ni couverture sociale, ni domicile fixe. Le troisième, CAP de plombier-chauffagiste, un boulot, a écopé d’une amende pour conduite en état d’ivresse.

Tous trois sont accusés de jets de projectiles. Des pierres, des ballons de baudruche remplis de peinture rose pour le troisième. Jérôme, soupçonné d’avoir été le meneur d’un groupe black block, affirme qu’ayant rejoint un ami pour récupérer ses clés, il s’est trouvé par hasard au milieu de l’altercation. Il reçoit à ses pieds une fusée incandescente, se sent agressé par les policiers, jette deux cailloux dans leur direction. A vu des jeunes en train de casser des voitures, puis a été interpellé sans rien pouvoir dire. Un des avocats demande qu’il puisse sortir du box pour montrer sa tenue, un sarrouel vert pomme et des tongs qu’il portait lors de l’interpellation. Pas vraiment le profil de casseur, encore moins d’un meneur de black block.

Le juge refuse, il a l’air de trouver la requête absurde.

Des deux témoins, aucun n’a pas vu lancer de projectiles. Une femme prise dans une «débandade de jeunes effrayés» a vu des CRS arrêter les jeunes en les attrapant par les chevilles et les faisant tomber. «Profondément choquée», elle a aussi vu des jeunes blessés. Le second témoin évoque «l’effroyable violence de l’action policière», et des «gamins» face aux «forces démesurées de la police».

Le procureur vilipende «une cinquantaine de personnes à la recherche de l’affrontement» qui ont contourné les syndicats pour «trouver» les policiers «pourtant à l’écart», vers 18 h, «l’heure des casseurs». Des jeunes révoltés qui ont «des esprits étrangement construits». D’ailleurs, deux sont «des marginaux au casier judiciaire impressionnant». Il parle sans guillemets à «impressionnant».

Les avocats commis d’office dénoncent les procédures d’urgence. Ils n’ont pu voir leurs clients pendant leur rétention ni être présents lors de leur déposition : «C’est pousser une situation de faiblesse à son paroxysme : une garde à vue de quarante heures, à quatre dans une cellule, alors que l’un d’entre eux est claustrophobe, sachant que les jeunes ont été interrogés le soir même de l’émeute et ont reconnu les faits». Selon la défense, environ 400 personnes s’opposaient aux forces de l’ordre. L’un des avocats parle de mise en scène, trois policiers faisant office de figurants devant la sous-préfecture tandis qu’une horde de CRS cachés attendaient l’affrontement, parés à une véritable «chasse aux jeunes». L’avocat de Jérôme souligne l’absurdité de soupçonner un jeune «en tongs» d’être le meneur d’une émeute et ajoute : «Les jeunes ici présents voient leurs perspectives d’avenir sombres et précaires, vivent avec un sentiment d’injustice dans une société qui les montre comme incultes et manipulés, alors qu’ils sont simplement effrayés et inquiets». Exaspéré, le procureur lève les yeux au ciel. Le président du tribunal prend l’air de celui qui perd son temps.

Délibération rapide, jugement lapidaire : deux mois, deux mois, un mois. Ferme. Les nombreux jeunes présents dans la salle, dont beaucoup assistaient pour la première fois à une audience de correctionnelle, éclatent en cris et sanglots : «C’est ça, la justice ?». La prison ferme : c’est comme ça que la jeunesse apprend qu’il faut qu’elle la ferme.

Florine et Garance

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