La lettre à Lulu
Lulu 82-83 - décembre 2013

Cnam en peine. Souffrez que l’on vous forme


On en bave au Cnam Pays de la Loire. Et ça fait des taches, sur les cravates, sur les arrêts de travail, sur les copies...


Cnam en peine. Souffrez que l’on vous forme
Au Cnam, on professe la prévention des risques psycho-sociaux, c’est-à-dire les parades contre la souffrance des salariés. Ça ressemble à l’adage du cordonnier si mal chaussé.

Directeur du Centre national des arts et métiers Pays de la Loire, Yannick Lefeuvre est un garçon délicieux. Un peu soupe-au-lait peut-être, mais charmant. Quand il reçoit Lulu, il s’enflamme au milieu de l’entretien : « Sortez de mon bureau ! ». Et insiste, furieux : « Vous sortez maintenant ! » Simple allergie aux questions. « Vous remettez en cause mon management ? » Puis il se ravise. Finit par tenter la séduction. C’est « un énervé mais pas dangereux », disent de lui ses supporters au Cnam Paris. On a connu des soutiens plus appuyés.

Changement climatique

Le bonhomme n’a pas que des amis. On lui reproche de maltraiter ses salariés et de laisser le même climat bousculer les étudiants. Depuis sa nomination, huit directeurs sur onze ont démissionné ou ont été poussés dehors. Accusations de fraude sur les notes de frais, départ très anticipé à la retraite, rupture conventionnelle forcée, tout y est passé. Avec dégâts collatéraux : un de ces directeurs, quinze ans de service au compteur, a été brutalement interdit de contact avec la promo qu’il devait encadrer. Dehors ! Pas loin, sur le parking du Cnam, il en fait un malaise cardiaque.

Audit 33 !

Le 15 février dernier, deux envoyés spéciaux de l’audit diligenté par le Cnam Paris ont été vraiment très mal reçus. « C’est du management à la hache. J’ai trouvé une ambiance délétère et Monsieur Lefeuvre extrêmement agressif. Face à lui, je n’étais pas mécontent de faire 120 kilos, dit un des deux auditeurs, Jean-Marc Macé, maître de conférence au Cnam Paris*. Il y a des arrêts de travail, des dépressions… Les plaintes n’ont pas été résolues régionalement ». L’affaire est remontée à Paris jusqu’à l’administrateur général du Cnam. Mais le numéro 1 a fini son mandat en août sans régler le problème.

Bon mauvais motif

À Nantes, l’audit a été suivi d’une mesure de rétorsion expéditive. Le responsable du suivi pédagogique des mémoires a été viré pour faute grave, soupçonné d’avoir alerté Paris, et d’avoir dit que Michel Meignier, directeur des enseignements en santé publique, par ailleurs pédégé de la clinique Brétéché, mettait la pression sur les étudiants. Ni préavis ni indemnité. Le prétexte : « Il a rappelé deux fois les règles de fonctionnement d’un jury de soutenance. Non, ça ne me paraît pas être un motif suffisant. Officiellement, il n’est pas licencié pour l’affaire de l’audit », note Jean-Charles Akif, délégué Force Ouvrière qui l’a assisté à l’entretien préalable au licenciement. Il est aussi question de mésentente hiérarchique. « Il a créé une tension, c’est une faute professionnelle. Je ne sais pas si c’est un bon ou un mauvais motif… Seuls les prud’hommes jugeront », martèle Lefeuvre. Toujours curieux pour un directeur de faire un tel aveu après avoir viré quelqu’un avec perte et fracas.

Scottish shower

Comme lors de l’entretien avec Lulu, Lefeuvre pratique la douche écossaise, passant vite d’une certaine brutalité à une version plus onctueuse. « Il se met à hurler sur les gens, à nous insulter, puis il revient s’excuser. Un vrai rapport de domination. Soit on sort en pleurant de son bureau, soit on rampe... », relate une autre des victimes du directeur du CnamPays de la Loire. Médecin du travail et inspection du travail disposent de nombreux témoignages de souffrance au travail.

Un rapport de la médecine du travail est parvenu à la direction parisienne, alertant sur les risques psycho-sociaux, euphémisme pour ne pas dire souffrance au travail. « La violence des méthodes employées a eu des conséquences graves sur la santé des personnes (…) et pour un des salariés, le danger de mort a été réel », écrit en mai dernier la médecine du travail de Nantes, tenant à « faire cette alerte pour des situations qui pourraient coûter la vie des salariés ». À la rentrée, nouvelle alerte : son homologue de la Sarthe alerte ses collègues de Loire-Atlantique et de Vendée sur les dégâts constatés au Mans.

Un désagrément

Si le malaise se centre sur le staff de direction, il a aussi été ressenti dans les cours, notamment dispensés par Michel Meignier, par ailleurs recordman départemental de la mention « mes couilles » dans une conversation empreinte de contrariété. Lors du jury de soutenance, Céline Fillion a fait l’expérience de son sens particulier de la pédagogie : « Je ne connaissais pas ce M. Meignier. J’ai préparé ma thèse avec celle qui l’a précédé à ce poste et qui a été poussée dehors. Pendant une demi-heure, il m’a interrogée sur mes rapports avec ma mère ! J’ai vu un homme de pouvoir me descendre pour montrer sa puissance, ne supportant pas qu’en tant que femme, jeune en plus, j’accède après ce diplôme à un poste de direction... »

Véni, védici.

Tout a une fin : nommé en janvier 2012, Meignier a été destitué par le Cnam Paris l’été dernier. À partir de septembre, son agrément de professorat lui a été retiré. Dispensé de toute responsabilité pédagogique, il ne peut plus valider des diplômes. Les dernières soutenances ont été surpervisées depuis Paris, avec des envoyés spéciaux TGV à chaque jury. « On a laissé finir les examens en juin, pour ne pas mettre en difficulté les élèves », dit Jean-Marc Macé mais « à la rentrée, ils ont mystifié des élèves en les inscrivant » sans que leurs diplômes puissent être validés. Accessoirement, autre problème, Meignier était docteur en médecine, ce que l’enseignement supérieur considère comme une « thèse professionnelle » d’équivalent bac+4. Pas assez pour valider des master de niveau bac+5. Officiellement pour Paris « les diplômes délivrés n’étaient pas en conformité avec les référentiels nationaux ». Même si Michel Meignier est désormais sans utilité pédagogique, le Cnam Pays de la Loire fait comme si de rien n’était jusqu’à sa retraite : Meignier aura 65 ans en 2014. Et ce gars-là vaut de l’or. Ses cliniques dépendent du groupe Vedici* (24 petites cliniques privées dans le grand Ouest, 3 962 lits), qui a accordé sa taxe professionnelle au Cnam.

Antiterrorisme

Pour l’ombrageux Yannick Lefeuvre il n’y a pas l’ombre d’un problème : « Je n’ai rencontré aucun étudiant terrifié. Monsieur Meignier ne terrorise pas ses équipes ni ses étudiants ». Et ses méthodes ? « S’il a donné un devoir à ses étudiants leur demandant quel était leur plus gros fantasme avouable, ça oui, ce n’est pas normal, complète Alain Meyer, directeur des formations. S’il a fait un cours sur comment licencier, il est parfaitement normal qu’il sensibilise à la manière dont se fait un plan de licenciement ».

Si Meignier a répondu par quelques mails laconique, la présidente régionale du Cnam, Sylvie Pass, dont le conjoint Patrick Jouin a été directeur général des services de la Région jusqu’en juillet a opposé à Lulu un silence radical. Alertée par des salariés du malaise et de la violence des situations, elle n’est pas intervenue pour autant. Dans cette maison, il n’y a pas Cnam qui vive.

Judas B. Grégoire

Cnam damné. Pour le tissu, on repassera
La devise officielle nationale, c’est Docet omnes ubique (« Il enseigne à tous et partout »), En Pays de la Loire ça pourrait être Morflet omnes ubique, à force de faire morfler tout le monde et partout. Le Cnam se proclame « tisseur de compétences et de liens sociaux depuis 200 ans ». On y distille de la formation professionnelle, de bac+2 au diplôme d’ingénieur, mais aussi de la sous-traitance pour Pôle Emploi, des bilans de compétences, du reclassement, des mises à niveaux pro tous domaines, agro-industrie, informatique, bâtiment, logistique, compta, santé, management et ressources humaines, etc. L’objectif, selon le directeur, c’est notamment de « sécuriser les parcours professionnels, évoluer dans son poste ou son entreprise, être plus à l’aise dans son travail, ou changer de vie professionnelle ». En interne, le dirlo a nettement privilégié la dernière option : faire changer de boulot. De force.

Cnam qui vive. Mal au cœur de métier
En inaugurant fin août l’extension du bâtiment du Cnam, le président de la Région n’a rien dit sur l’avenir de l’établissement. Un signe. Trois mois et demi après, huit licenciements économiques sont annoncés, y compris dans les fonctions stratégiques de direction. Alors que la Région a prévenu depuis un an des restrictions budgétaires, le directeur n’a pas trouvé de parade et fait porter le chapeau à l’institution ligérienne. Les baisses sur les autres structures de formation sont au maximum de 15 %. Traitement plus sévère pour le Cnam qui perd toutes ses subventions d’équipement et la moitié des subventions régionales sur son cœur de métier, les cours du soir, mais aussi sur les stages en journée dans le cadre des formations qualifiantes. Le soir, la journée, reste quoi ? Signes que malgré des appuis à la région (via sa présidente), le Cnam ne se montrerait pas à la hauteur. Encore un effort, cnamarades...

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