La lettre à Lulu
Lulu N° 78-79 - décembre 2012

Collectif du oui mais. Faut pas décoder


Le Code noir, texte fondateur de la traite négrière, le mémorial l’a oublié. Le 6 octobre dernier, une conférence a débattu à la Manu de ce "point noir" de l’histoire.


Collectif du oui mais. Faut pas décoder
Le Code noir est un vieux texte récent. Un "recueil de réglemens" daté de 1685 et concocté par les duettistes Colbert et Louis XIV. Ce texte légitime juridiquement la traite, et suinte de suprématie de la croyance catholique, apostolique et romaine. On y évoque le nègre comme un "bien meuble". Ce Code noir a été enfoui jusqu’à une brève et discrète réapparition en 1897. Il est alors publié en édition savante, confidentielle. Il faudra attendre 1987 et le travail de l’historien Louis Sala-Molins pour le faire sortir de l’oubli et montrer sa dimension fondatrice. Même si, à sa conception, ce code est alors généreusement destiné à "protéger" les esclaves en leur accordant un statut. Certains considèrent que ce texte fondamental est l’initiateur du racisme légitimé, institutionnalisé, qui aura son heure de gloire avec le colonialisme. C’est de toute façon "la parole officielle qui légitime l’esclavage". Louis Sala-Molins souligne avec consternation une présentation officielle dans une brochure touristique du mémorial nantais "qui n’a pas vocation à expliquer". Copié collé de la déclaration d’Ayrault à l’inauguration : "Le Mémorial de l’abolition de l’esclavage n’a pas pour vocation d’expliquer et d’exposer l’histoire, mais de se souvenir, d’alerter et de transmettre un message universel. C’est un lieu méditatif, de recueillement et de réflexion sur l’esclavage d’hier et d’aujourd’hui." Manque plus qu’un prof de yoga. Tout à son recueillement, la réflexion a fait l’impasse sur le code noir, qui "relève de la responsabilité de l’État dans sa structure, dans son idéologie. Primes à l’armement, protection militaire, l’État accorde son plein soutien", souligne Jean Breteau, historien membre des anneaux de la Mémoire. Très critique vis-à-vis du mémorial, ce "parcours de méditation" qui a aussi oublié le Code noir. Il faut aller au musée du château pour en voir un exemplaire, dans une vitrine. Absent du débat à la Manu, l’adjoint au maire et président de l’association Mémoire d’Outre-Mer Octave Cestor avait été questionné en vidéo. Sa réponse est un peu gênée quand il a été interrogé sur ce manque. Selon lui, le mémorial n’est qu’une étape en ville, un élément d’un "parcours". Et tant pis pour celles et ceux qui n’auront pas compris qu’il faut aller au musée du château.

Numéros de trains

"La France a toujours été très molle dans son rapport à l’histoire quand il faut assumer la continuité de l’État. L’esclavage, la traite, sont bien des mécanismes d’État...", commente Louis Sala-Molins. Le Code noir est pourtant essentiel à la compréhension du phénomène de la traite, puis comme maillon crucial menant à la colonisation. Réduire cette industrie humaine à des noms de navires gravés aux sol, comme le fait le mémorial, c’est occulter l’essentiel. "Les navires ne sont coupables de rien. C’est comme si on voulait évoquer la Shoah par les numéros des trains menant à Auschwitz...", ajoute Breteau. C’est d’ailleurs très poétique, toutes ces vertus étalées par terre, "Amour", "Félicité", "La Paix", "La Concorde " et des prénoms, filles et épouses des armateurs. Mais de nom des acteurs principaux du trafic encouragé par l’État, rien du tout. Au xiiie, Nantes compte plus de millionnaires que tout le reste du royaume. Le mémorial préfère le recueilli, le méditatif. Et célèbre l’abolition, en bouchant vite un " trou noir de la mémoire nantaise", la période qui suit. Et qui fâche : la traite proscrite, clandestine, "interlope", dont Nantes a encore une fois été champion de France, après l’abolition, à partir de 1815 et bien au-delà de 1830 : une recherche récente a bien documenté une révolte de captifs en 1858 sur un navire nantais, la Regina Coeli, sur la côte africaine. Les pauvres entrepreneurs nantais ont même dû s’expliquer devant des tribunaux. De braves commerçants. Quelle honte. Ce n’est pas ça qui va encourager le travail au noir.

Ramuntcho Le Cher

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