La lettre à Lulu
n°26 - déc

Conte de Noël. Le paradis des neuneus


Ça se passe à deux heures de solex de chez nous ! Un centre de rebut des handicapés mentaux passe à l’an 2000 en tentant de refaire une santé à sa réputation.


Conte de Noël. Le paradis des neuneus
Mindin bat sa coulpe. La structure d’accueil des super-neuneus du département -un millier de pensionnaires, autant de personnel- a beau s’être divisée en quatre sous-ensembles, la remise en cause des brimades envers les handicapés mentaux n’aura eu lieu que juste avant l’an 2000. Juré, promis, c’est fini, les privations de nourriture, bassine d’eau à la figure, interdictions de téléphoner à sa mère, douches froides, mauvais traitements, marinades forcées dans son pipi, enfermements dans les toilettes et autres gentillesses. «Il y a eu des exactions pas tolérables, c’est vrai. Mais les choses déplorables, ça s’amenuise», concède Pierrick C., quinze ans de boîte. Aide médico-psychologique, il avoue avoir «fermé sa gueule» quand il était auxiliaire contractuel : «j’ai fait mon mea culpa sur des façons de travailler qui aujourd’hui me font frissonner». Relents d’asile début de siècle. «Il y a certains résidents que l’on pourrait détacher, mais il faudrait être derrière en permanence. Il n’y a toujours pas assez de personnel. On est garants de l’intégrité physique des malades», ajoute-t-il. Sadisme, perversion ? Non pas. Ces débordements thérapeutiques n’auraient été dus, selon certains, qu’au sous-effectif en moniteurs, agents de base et aides médico-psychologiques, et au manque criant de formation. Du coup la préoccupation du personnel a tourné autour du confort de travail limité à un genre de gardiennage amélioré. «Une partie du personnel, qui n’a pas de formation suffisante, ne comprend pas que si un malade se conduit mal, si un psychotique casse tout, c’est un symptôme de sa maladie, pas une provocation qu’il faut réprimer. Un symptôme, tous les médecins le disent, ça ne s’éduque pas», confie un soignant, qui précise : «des gifles, des coups de pied au cul, ça arrive, mais des passage à tabac, ça, non.»

<B>Hospice and love</B>

«On est victime du passé de Mindin» clament les meaculpables. Un passé qui ressemble au «Surveiller et punir» de Foucault. «J’ai été témoin de tortures morales, de lâcheté et de beaucoup de dureté du personnel, traitant les pensionnaires comme du bétail, refusant à boire à un pensionnaire grippé parce que ça dérangeait, en privant d’autres de dessert pour n’avoir pas su lacer leurs chaussures» dit Mme Poulinet, aide-soignante en retraite depuis cinq ans. Quand le dressage remplace la relation, le passé a du mal à passer. Dans cet ancien hospice édifié en forme d’asile-village, on a souvent recruté les agents de base au sein des mêmes familles, par facilité et complaisance. Cousins, conjoints, beaufs habitant sur place. L’alcoolisme en prime. Pratiquement pas de personnel spécialisé, jusqu’il y a vingt ans. La Maison départementale de Mindin s’est fait une spécialité d’accueil des handicapés mentaux les plus lourds, ceux dont plus personne ne veut ailleurs. Incontinents, dépendants, contraints d’être lavés, habillés. Autistes, épileptiques, grognant, s’énervant pour des broutilles. Ce qui a fait de Mindin un centre des rebuts, un genre d’asile-dépottoir. Hasard de la localisation, l’hospice voisine avec une décharge sauvage et un camp des gens du voyage, habitués eux aussi à la relégation.

<B>On s’éclate à Mindin</B>

Après bien des réticences, Mindin a éclaté en 1998 en quatre unités autonomes, pour enfants, personnes âgées, handicapés lourds et ceux qui peuvent assumer des activités. Mais l’esprit des lieux reste encombré par les dénonciations de Chantal Thomas, aide médico-psychologique aujourd’hui en arrêt longue durée pour dépression. Justice, services de l’Etat et du Département ont été alertés. Sans résultat. «On n’a jamais pu mettre en évidence des sévices, dit le Dr Breton, médecin conseil à la Caisse primaire assurance maladie de St-Nazaire. Il est vrai qu’on annonce nos visites. Tout peut être fait pour préparer le terrain...» En juillet 1994, le président de la Ligue des Droits de l’Homme de St-Nazaire demande instamment de prendre des mesures contre les excès et dérapages à Mindin. Seule victoire pour la Ligue, le départ du directeur du personnel. Depuis 1992, Chantal proteste contre les mauvais traitements dont elle est témoin dans l’établissement. Pour le personnel, elle manque d’esprit d’équipe, pour les syndicats, de solidarité de classe. L’institution laisse entendre qu’elle est un peu atteinte, réduisant ainsi ses reproches à une manifestation de maladie. Ce qui ressemble au chien qu’on accuse de la rage pour s’en débarrasser. Mise en quarantaine, changée de service, isolée, déconsidérée, elle subit le rejet de ses collègues et finit par craquer : dépression, arrêt maladie prolongé.

<B>Tripes et chantage</B>

L’épouse de Pierrick C., Lysiane, quatorze ans de service dans la maison, le reconnaît : «Chantal Thomas a dénoncé des choses réelles, mais d’une manière assez braque, maladroite. En cas de crise d’un malade, on réagit avec nos tripes, pas toujours de façon douce ni réfléchie. Elle restait à l’écart, sans chercher à communiquer avec l’équipe, dénonçant par courrier les violences injustifiées : ça a été vécu comme des attaques personnelles. Aujourd’hui, les sanctions envers les résidents, y’en a toujours. Par manque de moyens de pression, on a recours au chantage comme avec nos propres enfants.» Le directeur Alain Bourigault le dit tout net : «Le passé, connais pas. Hormis pour le manque de formation du personnel. Un changement de culture, ça ne se fait pas d’un coup de baguette magique. Mais depuis trois ans, 25 agents (sur 390) ont suivi une formation qualifiante.» Il espère en motiver une dizaine en 2001. Et jette l’éponge pour les plus âgés de ses équipes. La révolution reste condamnée à la modestie. Le directeur s’accroche à son projet d’établissement qui proclame «dignité et respect de la personne», et se définit comme une «ambition» qui «permet de mesurer les écarts entre nos désirs, nos attentes et la réalité».

<B>Les clés du paradis</B>

«En trente ans de métier, je n’ai jamais vu une population aussi difficile, si lourdement handicapée qu’à Mindin. Il y a un service fermé à clé, pour protéger les résidents contre eux-mêmes» souligne le directeur. Ni lui, ni le président du conseil d’administration n’ont connaissance d’exactions récentes, de maltraitance ou de violences. Michèle Saimson, la mère d’un handicapé majeur, aujourd’hui en procès contre l’établissement (lire ci-dessous) explique que lorsqu’il était encore pensionnaire, son fils a été enfermé une journée dans sa chambre, contraint d’ouvrir sa fenêtre au premier étage pour faire pipi et caca. Une autre fois enfermé, il a déchiré son matelas avec ses dents. Mais tout ça, c’était du temps d’avant, il y a très longtemps, deux ans au moins. Avec les nouveaux locaux, tout va aller mieux. Mis à part quelques rares recrues, le personnel n’a pratiquement pas changé. Mais promis, il a changé d’esprit. Ou au moins d’esprits frappeurs.

Préférence familiale

En poste depuis trois ans, Alain Bourigault dirige l’EPMS* (celle des quatre structures de Mindin qui a les handicapés les plus lourds), avec un budget de 138 MF. Histoire de montrer l’exemple et de rompre avec le passé, le dirlo a comme un problème, ayant embauché sa femme comme secrétaire de direction («Le poste était vacant, correspondait à sa qualification. C’était ma condition pour accepter le poste»), et sa fille comme infirmière («Elle a été embauchée suite à un concours, je me suis mis en retrait ce jour-là. Y’a pas de magouille là-dedans.»)

<I>* Etablissement public médico-social.</I>

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