La lettre à Lulu
Lulu 44 avril 2004

Contre-perf’. L’hôpital qui se moque de l’infirmerie


L’infirmière nantaise a mal à ses stages. Vite, un pansement.


On savait la santé mal en point. Mais là, on touche le fond. Il y a trois ans, pour rattraper son retard en effectifs, le gouvernement lançait une vaste campagne de recrutement d’infirmières. À Nantes où les mouvements de grève avaient été particulièrement bien suivis, l’école de soins infirmiers du public, implantée près de Saint-Jacques, décide de doubler ses effectifs, passant d’une centaine d’élèves à un bataillon de 204 éléments. Très vite, des problèmes d’intendance se posent aux nouvelles recrues, bien obligées de s’entasser dans des baraquements en préfabriqués inadaptés ou tout simplement dangereux comme c’est encore le cas pour le réfectoire qui sert de cantine aux blouses bleues.

De quoi se plaint-on ? “On a voulu doubler les promos mais sans y mettre les moyens”, peste une élève de troisième année, appelée à exercer dans quelques semaines. Et parce que l’hôpital n’a pas de budget, il n’y a pas eu de recrutement de formateurs, de cadres infirmiers en nombre pour assurer correctement les cours. Un constat confirmé du bout des lèvres par André Joly*, le directeur d’un institut de soins infirmiers à Rennes.

À Nantes, la promotion 2004 qui n’a toujours pas avalé la pilule des restrictions de budget, a servi de cobaye en matière de stages. Combien parmi les 174 élèves qui arriveront sur le marché du travail avant l’été -entre-temps, le dégoût aura décimé 15 % des effectifs de départ- peuvent se prévaloir d’une formation en béton ? “Certain parmi nous n’ont jamais posé de perfusion alors que c’est en principe un acte banal pour les infirmières”, déplore cette même élève, qui met en cause la qualité des stages obligatoires, rémunérés par le CHU de 30 à 40 euros par semaine selon les niveaux. Multiplier les effectifs par deux, c’est bien, mais encore faut-il trouver des lieux de stages !

Au CHU de Nantes qui accueille un stagiaire sur deux, le personnel en place, déjà très occupé par ses problèmes internes, n’apprécie que modérément cette arrivée massive de blouses bleues. “Les première année, ce sont des boulets qu’on refile aux aides-soignantes. Alors que nous, troisième année, il nous arrive d’avoir à gérer 8 à 15 patients en même temps”, maugrée la jeune femme. En psychiatrie, c’est la cohue : “Ce service est une punition. On peut être plus de stagiaires à bosser que d’infirmières confirmées”. Il faut dire que c’est pratique, toute cette main d’œuvre corvéable et bon marché. Avec peu de personnel encadrant et un budget sous perfusion, l’hôpital public nantais répète qu’il n’a pas de ronds ! Un bon alibi pour ne pas embaucher dans le vivier de l’école : “L’an dernier, un cadre du CHU est même venu dissuader la précédente promotion de poser des candidatures à Nantes, faute de poste”. Un comble pour un établissement qui finance l’intégralité des stages.

C’est pas tout : le 27 septembre prochain, la Croix Rouge ouvrira une nouvelle école d’infirmières, à deux pas des Nouvelles Cliniques Nantaises, dans le quartier Pirmil à Rezé. Ubuesque ! 80 élèves de plus à caser… La CGT santé qui ne comprend pas les raisons de cette “concentration nantaise” craint déjà un surbooking de stagiaires à l’hosto.

Ouest-France, le 7 janvier 2004.

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