La lettre à Lulu
Lulu 81 - juillet 2013

Dadaïsme. Séances de dressage avec heures sup


Au centre équestre de La Baule, les gérants ont bouffé de la cravache enragée. Quand ils lâchent la bride des salariés, ça finit au tribunal.


Depuis février 2010, Élisabeth et Régis Guinard ont repris le centre équestre municipal, en délégation de service public, avec engagement de garder les salariés en place. On y héberge des canassons et des poneys en pension dans 101 boxes, trois fois plus l’été. L’épuration commence deux mois plus tard : la secrétaire-comptable, épouse du précédent exploitant du centre est virée pour faute grave. Premier raté. Le 22 mars 2013, la cour d’appel de Rennes déclare abusif le licenciement, condamnant les Guinard à 58 700 euros de retards de salaires et d’indemnités de licenciement. Les prud’hommes de Saint-Nazaire ont examiné le 5 juillet le sort de huit autres salariés fichus dehors avec pertes et fracas*. Les Guinard y ont rameuté six de leurs actuels salariés en sweat-shirts siglés « Centre équestre de La Baule », commis au soutien en justice. Ambiance.

Ménage sans ménagement

Si le règlement intérieur dit qu’« aucune manifestation discourtoise envers l’établissement, ses membres ou son personnel n’est admise », les co-gérants ont un sens particulier de la courtoisie. Le genre à hurler à 30 cm du nez d’un salarié, à en enfermer une autre « une demi-journée dans une pièce sombre », alternant chantage à la confiance, humiliations publiques, brimades, interdictions de parler aux clients réprouvant le management des Guinard. Les salariés sont convoqués pour les monter contre leurs collègues. La plainte pour harcèlement déposée par une de ces victimes auprès du procureur souligne la manière de « flatter un employé pour en dénigrer un autre. Ils invitent le personnel à leur domicile pour faire jouer l’affectif. Ils profitent toujours d’un moment de vulnérabilité, fatigue physique, situation de famille... En 18 mois, les époux Guinard ont licencié à tour de bras, et manifesté des comportements violents sur au moins 15 personnes ». Moniteurs, chef d’écurie, secrétaires, palefreniers, tous y passent, virés, contraints à une rupture conventionnelle sous pression, à moins qu’ils ne démissionnent, écœurés. Croulant sous le boulot, un de ces moniteurs d’équitation enchaîne occlusion intestinale et burn out. Pour le protéger, le médecin du travail le déclare inapte au travail. Idem pour un palefrenier. Les Guinard ont contesté (sans succès) jusqu’au ministre du Travail. L’inspection du travail fait deux signalements à la justice, travail dissimulé, heures sup escamotées, risques psycho-sociaux, dépression ou pire. Le commissariat de La Baule fait pareil. « Le parquet n’a pas suivi, rétorque Me Gourvennec, l’avocat des Guinard. Ce ne sont pas des patrons voyous ni des tortionnaires. C’est un roman écrit par un conglomérat d’individus alliés. »

Plein les bottes

Agrémentés des qualificatifs d’« incompétent » ou d’« alcoolique », les dialogues vont du « Ta gueule ! Tu travailles » au « T’es juste bon à ramasser la merde ». Le rythme de bête de somme fait marner de 6 h du mat’ à 21 h, pauses pipi interdites.

La visite d’un inspecteur du travail est suivie d’interrogatoires pour savoir qui l’a alerté. Deux profs d’équitation sont convoqués en même temps : l’un des deux est de trop, ils « n’ont qu’à se débrouiller entre eux pour décider » qui part. Un autre est embauché fin avril 2010 en CDI, et viré à la fin de la période d’essai, trois mois après, en prétextant qu’il coûte trop cher, pour lui proposer de continuer en auto-entrepreneur. Un client se fait agresser à coups de fouet. Un arrêt de travail de huit jours. Coups de gueule et harcèlement provoquent tensions permanentes, épuisement, dépression, arrêts maladie.

Le maire a refusé de recevoir les salariés en souffrance. Parmi les employés restants figure l’épouse de Philippe Langlois, l’adjoint au maire justement chargé du suivi de la délégation de service public. La Baule n’est pas à cheval sur les principes...

Yves Maireauté


* Jugement le 13 décembre 2013.

25 mars 2014
Ennuis judiciaires à bride abattue
Les époux Guinard, comme on dit dans les gendarmeries, tous deux gérants de la Sarl La Baule Équitation multiplient les rendez-vous judiciaires au pénal, au civil et aux prud'hommes. Les voilà en l'état actuel, condamnés ce 25 mars 2014 pour travail dissimulé, 5000 euros chacun dont 3000 avec sursis. Ils ont été relaxés de l'accusation de harcèlement, mais le juge a précisé que cette décision n'influait en rien sur une condamnation ou pas pour les même motifs devant les prud'hommes. Ces questions de harcèlement subi passent en audience prud'homale le 16 juin prochain. Avant ça, le 22 mai, nouvelle audience, civile cette fois, pour estimation des préjudices subis par les salariés du centre équestre, au titre du travail dissimulé. Un autre salarié assigne le couple Guinard avec audience ce 28 mars pour requalification de son contrat, après avoir été embauché comme salarié puis maintenu pour les mêmes taches mais sous statut auto entrepreneur. À ce rythme-là, les deux Guinard vont finir par chercher du boulot de commis dans une boucherie chevaline.

Lu 808 fois













La Lettre à Lulu : Au sommaire du N°96 à paraître très bientôt... https://t.co/AyegZyG4s0 https://t.co/2N0nLcviD5
Vendredi 21 Avril - 20:18
La Lettre à Lulu : J-4, la tension monte... Fifi et Tayo en plein stress avant l'élection... ou... argl ! Épisode 13, par @rayclid !… https://t.co/SJCeyXnvz7
Mercredi 19 Avril - 13:50
La Lettre à Lulu : Lulu 96 part chez l'imprimeur demain soir ! Qu'on se le dose. Pour recevoir le journal chez vous, dépêchez-vous... https://t.co/4COwFizskk
Mardi 18 Avril - 20:15
La Lettre à Lulu : Fifi et Tayo, épisode 12, par @rayclid. Cette semaine, nos deux compères se défoulent contre Macron... (réf.… https://t.co/R8o8LTgjeC
Mercredi 12 Avril - 10:43
La Lettre à Lulu : Fifi et Tayo, épisode 11 : "ils sont inarrêtables !", dit @rayclid https://t.co/GX4QDR6h7M
Vendredi 7 Avril - 21:52