La lettre à Lulu
Lulu 46 novembre 2004

Date d’expiration. Plus on respire, moins on vit


Il y avait le pastis 51 avec alcool. Il y a maintenant le “51 jours de moins” avec air vicié. Les chercheurs insistent. Ça se finit toujours pas bien.



Tous à vos bombes à oxygène ! L’Institut de veille sanitaire vient de porter un coup à l’espérance de vie d’un bon demi-million de personnes. Une étude parue début octobre donne 51 jours de moins aux Nantais en 2067 si la pollution atmosphérique se maintient telle qu’elle est.

Plus positivement, elle prédit jusqu’à 51 jours de vie en rab, si la qualité de l’air gagne 25 % de mieux tout de suite, sans rien reperdre jusqu’en 2067. On respire un peu. Le calcul vaut pour ceux qui ont plus de 30 ans en 1999 et donc supposés atteindre 99 ans en 2067. Pour étudier les variations d’espérance de vie, on raisonne à partir de ceux qui, vu leur âge, ont des chances de mourir pendant la période.

Évidemment, le bons sens fait se douter que plus on dépollue moins longtemps, moins c’est plus mieux pour les poumons. Jusqu’en 2033, après 34 ans seulement du régime allégé d’un quart de la pollution, c’est seulement 8 jours de gagnés. On le savait : la pollution atmosphérique n’est jamais inoffensive. Sous aucun seuil. Mais les chercheurs voulaient en savoir plus.

Jusqu’ici, dans l’Ouest, des études d’exposition à la pollution ambiante, menées à Rennes, Nantes et Le Mans, ont analysé les effets d’exposition pendant un jour de pollution, pas plus. Décès en avance, admissions à l’hosto pour pépins cardio-vasculaires et respiratoires, il y avait déjà de quoi s’inquiéter mais un jour seulement, était-ce bien raisonnable ? À raison de 14 000 litres absorbés chaque jour par nos poumons, l’air vicié de nos villes devait avoir des effets de plus long terme. Déjà, sur le papier, les “décès anticipés et admissions hospitalières pour motifs cardio-vasculaires et respiratoires” qui ne touchent par définition que les macchabées, sont remplacés par l’espérance de vie qui touche tout le monde. C’est plus démocratique.

Même si Nantes a ses vents dominants “propices à la dispersion des polluants”, un épidémiologue et deux têtes des Directions régionales des Affaires sanitaires et sociales des Pays de la Loire et de Bretagne ont montré que ça craignait, à la longue. L’institut de veille sanitaire a validé cet avis. Et encore, ce n’est qu’une “estimation minimale du réel impact sanitaire attribuable à la pollution atmosphérique”. Heureusement, le plan régional sur la qualité de l’air, et un plan spécifique pour Nantes et l’estuaire doivent nettoyer l’air. En attendant, on peut aussi tenter le record de 63 ans en apnée.


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