La lettre à Lulu
n°35 - déc

De l’or et du sang. La place enguirlandée

Quatrième épisode



Résumé des épisodes précédents

A quelques mois d’intervalle, deux crimes spectaculaires ont été commis à Nantes, ville pourtant réputée pour son calme, la qualité de la vie qu’on y mène et les brillants résultats de son équipe de football (qui, au terme d’incroyables évènements sur lesquels cette histoire jettera un nouveau jour, quitta cette saison là la première division). Deux crimes donc : une noyade dans la fontaine de la place Royale et un coup de poignard fatal à la porte même du conseil municipal. Ces deux horribles forfaits sont signés d’une phrase mystérieuse : «Je vous annonce du sang, je vous promets de l’or». La paternité de cette phrase n’a pas échappé à une brillante étudiante en lettres, la ravissante Vendredi, qui en a aussitôt fait part à son ami Eric. Lequel, pour les beaux yeux (et divers autres attributs) de ladite, est prêt a se jeter dans toutes les aventures. Une autre personne suit de près ces évènements, une clocharde, au passé illustre et pourtant oublié (elle a été ministre de la Santé) surnommée La Bancale. Il est bien possible qu’elle ait assisté au premier assassinat, elle était immédiatement sur les lieux du second et elle a entrepris une surveillance assidue (au prix même de sa consommation de vin) de la place Royale et de l’accès aux égouts qui s’y trouve. La Bancale en sait long dirait-on et semble attendre quelque chose. Bref the plot thickens.

Une pause dans le récit

Il nous faut cependant arrêter un moment notre récit. Parmi les très nombreuses lettres que reçoit l’auteur depuis qu’il publie cette histoire, lettres dont la grande majorité réclame des épisodes sensiblement plus longs (certains parlent même de double page – l’auteur se garde bien de prendre position mais a scrupuleusement attiré l’attention de l’éditeur sur ce fait, et sur la rémunération dérisoire qui lui est allouée), plusieurs signalent une invraisemblance. Comment donc, disent en substance ces lettres, deux crimes, un émoi général, des attroupements et pourtant aucun mot d’une intervention de la force publique.
Cette remarque est légitime (voire fine) et l’auteur souhaite y répondre, quitte à interrompre le récit palpitant et prendre sur la place, étroite aux dires de certains lecteurs - et d’importants annonceurs, que lui attribue l’éditeur. Que fait la police ? La réponse tient en un mot : rien. La police ne fait rien. (On remarquera au passage que, contrairement à certaines allégations, l’auteur sait faire court quand il le faut). Ce qui appelle quelques commentaires. L’auteur ne sous-entend en aucun cas que la police ne fait rien en général. (L’auteur salue d’ailleurs au passage son voisin de palier, le brigadier-chef Le Fucq). Non, la raison de l’impuissance de la police (unique dans l’histoire de ce corps d’élite) est ailleurs.

Pour comprendre ce paradoxe, il importe de bien saisir que tous les faits relatés ici, quoiqu’oubliés, sont rigoureusement exacts. L’auteur appuie son récit sur un travail (long, pénible et parfois dangereux) de recueil de témoignages et de recherche d’archives. Seules ont été dissimulées, par d’habiles changements de noms, les identités réelles des protagonistes.
Non, si la police ne fit rien, c’est que l’enquête lui fut retirée, pour être confiée à une cellule gouvernementale expérimentale : la Brigade Intervention Terrain Enquête. Or, les archives de cette section, dont le nom et le siège, trop vite choisis, causèrent la disparition rapide, sont toujours tenues secrètes, dans les anciens locaux de la Brigade, à plusieurs kilomètres de Tours. Pas de preuve, pas de publication : telle est la loi, dure mais loi, que s’applique l’auteur, qui ne désespère pourtant pas d’accéder un jour aux précieux renseignements que recèlent à coup sûr les rapports des enquêteurs.

Vendredi réfléchit

Allongée sur le canapé d’Eric, la tête posée dans sa main, les cheveux légèrement défaits, lumineuse, Vendredi feuillette son édition de Fantômas et réfléchit. Eric la regarde et, intérieurement, soupire longuement.

Sénéclauze dans la bataille

De tout le jour, La Bancale ne quitta pas un instant son poste d’observation. Assise, adossée à la vitrine de la Pharmacie de Paris, elle garda les yeux fixés sur la fontaine de la place Royale. Fut-elle distraite par la foule, qui, le jour, commençait à vaquer aux cadeaux de Noël ? Non. Fut-elle détournée de la mission qu’elle s’était fixée par les invitations à déguerpir de la pharmacienne ? Non. Prêta-t-elle attention, le soir venu, au montage des décorations et divers éclairages de Noël ? Non. Elle fixait la fontaine. Au point de soudainement découvrir, elle ne s’était aperçu de rien, qu’une main généreuse avait déposé à ses cotés un pack de six bouteilles de Sénéclauze. Il commençait à faire vraiment froid. Une gorgée la réchauffa, puis une deuxième. Le froid se fit plus vif, et les gorgées plus fréquentes. A la quatrième bouteille (addiction fatale !), la Bancale sombra dans un profond sommeil. Elle se réveilla à l’aube, furieuse contre elle-même de s’être endormie. Prise d’un lugubre pressentiment, elle se leva et s’avança vers la fontaine. Elle découvrit alors le sinistre décor planté dans la rue Crébillon : six guirlandes lumineuses traçaient la phrase «je vous - annonce - du sang - je vous - promets - de l’or» . Et, à chacune de ces guirlandes, macabre Père Noël, un homme était pendu.

A relire



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