La lettre à Lulu
n°32 - mar

De l’or et du sang



De l’or et du sang
<B>Vendre son corps n’est pas toujours facile.</B>

Résille (ainsi surnommée à cause du curieux agencement de nombreuses vergetures) et Neuf-Trous (à qui sa propension à raconter ses prodigieux débuts dans le club-house d’un golf huppé valait aussi le sobriquet de Par 3) avaient le temps de penser aux aléas de leur petit commerce : le chemin du retour était encore long.

- Non mais quel connard.
- Moi, j’le trouvais plutôt bien.
C’était le tout petit matin, Nantes était vide. Elles marchaient vite et parlaient bas, comme intimidées par le silence et la brume. Elles quittèrent la rue de la Fosse et s’engagèrent place Royale. Au centre de la place, autour de la haute fontaine et de la pelouse qui l’entoure, le brouillard était plus épais.

- Au moins, il aurait pu nous ramener.
- Il est timide.
- Ouais, pas timide des mains.
- C’est pasqu’il est sensuel.
- Ça, quand c’est à l’œil, i frotte, mais dès qu’on cause pognon...

Elles étaient maintenant au pied de la fontaine. Neuf-Trous s’arrêta brusquement, la bouche déjà ouverte sur une réponse qu’elle ne prononça jamais. Du bassin supérieur pendait un bras inerte, dégoutant d’une eau, qui, dans la lumière diffuse des réverbères, semblait rouge. Hélas, car eût-on alors connu les tragiques évènements qui suivirent, aucune des deux jeunes femmes ne remarqua la lourde silhouette qui, en claudicant, disparut dans le brouillard.

<B>Vendre un journal n’est pas toujours facile.</B>

L’affaire tombait plutôt bien. On était à quelques semaines des élections municipales. Leur résultat (la reconduction du maire sortant) était si prévisible que les journaux peinaient à y trouver de quoi intéresser leurs lecteurs. La campagne de l’opposition, menée par un chirurgien réputé, Jean-Luc Hélafaut, ne les aidaient guère. Il y avait d’une part le volet critique : l’attitude du maire (Jean-Marc Villain) était “sectaire”, sa gestion “dogmatique” (ou était-ce l’inverse ?). Il y avait d’autre part le programme, qui tenait dans un paradigme propre à frapper les esprits : “Il faut faire passer la 2 x 2 voies de X dans le Y de la ville”. On pouvait ainsi traiter de tous les sujets : “Il faut faire passer la 2 x 2 voies de l’automobile dans le centre de la ville”, “Il faut faire passer la 2 x 2 voies de l’esprit d’entreprise dans le développement économique de la ville”, “Il faut faire passer la 2 x 2 voies du patrimoine dans la vie culturelle de la ville” et même “Il faut faire passer la 2 x 2 voies d’un quatre étoiles dans le stade Marcel Saupin de la ville”. Tant de clairvoyance avait déjà lassé les localiers qui s’emparèrent du cadavre de la place Royale avec une certaine avidité.

Les circonstances du fait divers étaient d’ailleurs singulières. Le mort était un modeste employé de banque, Laurent M., bien connu dans de nombreux débits de boissons. On rapprocha généralement sa noyade, à quatre mètres du sol et dans les vingt centimètres d’eau de la fontaine, du taux d’alcoolémie, extrêmement positif, constaté à l’autopsie.

L’un des deux quotidiens locaux, Grand Océan (gentiment surnommé “Petit coef’”), titra en une au dessus d’une photo du cadavre déjà gonflé : “Mort d’un banquier alcolique”. La rédaction nantaise de l’autre quotidien, Ouest Vatican, était, en privé, portée sur les bons mots. On y trouva vite un titre, “Fontaine, il n’a pas bu que de ton eau”, aussitôt traduit par le bureau de relecture rennais en “Un drame de l’intempérance”.

Quant au Madaire, auquel sa périodicité laissait le temps du recul, il fut en mesure publier, sur quatre pages, un dossier de fond : “Fontaines publiques, faut-il avoir peur ?”. On y apprenait que non, les noyades urbaines étant statistiquement négligeables. Mais on y dressait aussi la liste des gestes qui sauvent.

Enfin, le bimensuel Nouvel Occident se lamenta, dans un éditorial, de la recrudescence de ces morts violentes aux airs d’importation, quand la tradition vendéenne veut qu’on meurt noyé dans une fosse à purin. Mais aucun journaliste ne mentionna le fait le plus surprenant de l’affaire. Dans le poing raidi du cadavre, la police avait trouvé un chiffon de papier qui, déplié, fit apparaître ces mots : “je vous annonce du sang, je vous promets de l’or”.

<br><B>Quelle est cette sybilline menace ?<BR>
Qui est la mystérieuse silhouette ?
<BR>
Jean-Luc Hélafaut remportera-t-il, contre toute attente, l’élection municipale ?
<BR>Vous le saurez, peut-être, dans le prochain épisode de... “De l’or et du sang”.</B>

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