La lettre à Lulu
n°26 - déc

Départe-mental. Ambiance crayon-feutrée à Mindin


«Une affaire pénible.» Il faudra un expert. Les crayons. La plainte,
l’absence de pulsion et de suite, l’hypothalamus. Quels crayons ?


Départe-mental. Ambiance crayon-feutrée à Mindin
Au centre de cette «affaire pénible», selon le mot du juge du tribunal administratif, Gwenaël Gauthier, 27 ans, ne capte pas tout. Il est handicapé, atteint du syndrome de Prader-Willi. Une maladie génétique qui fait des éternels enfants nommés «incapables majeurs» à 20 ans. Klepto, boulimiques, souvent trop gros. Gwenaël «nécessite une surveillance quotidienne» atteste un psychiatre. En 1997, sa mère le retire de la Maison départementale de Mindin, où il était pensionnaire la semaine depuis neuf ans. Gwenaël est placé en «foyer à double tarification», ce qui signifie qu’il est un handicapé lourd «nécessitant la présence d’une tierce personne, une surveillance médicale importante et des soins constants». La Sécu couvre les soins, le Département assure l’hébergement. Si le suivi de l’établissement de Mindin paraît satisfaisant quand il est mineur, sa mère perçoit que ça se gâte à l’âge adulte. «Quand on allait le chercher les samedis matins, le personnel ne savait jamais où il était. On faisait le tour de tous les pavillons, parfois en voiture pour le retrouver. Sans aucune surveillance, il sortait de l’établissement, cherchait de la nourriture dans les poubelles.» Et les crayons dans tout ça ?

<B>Plaidoirie barbouillis</B>

Le week-end, en décembre 1996, la mère fouille le linge de son fils, y découvre un slip plein de sang. Questionné, Gwenaël finit par dire que c’est un autre résident qui lui a «fait ça avec son gros zizi». Deux ans auparavant, il s’est déjà plaint du même homme qui lui «demande des choses». Prévenu, le personnel de l’établissement n’avait pas pris ça au sérieux. Cette fois, les parents portent plainte à la gendarmerie. Plainte finalement classée sans suite. Aujourd’hui, ils attaquent l’établissement au tribunal administratif pour défaut de surveillance. C’est là qu’arrivent les crayons. Dans un texte transmis au tribunal, la Maison départementale de Mindin n’hésite pas à prétendre que ce que la mère de Gwenaël a pris pour un saignement anal n’est qu’un vulgaire barbouillage au crayon feutre «confirmé par la découverte, après son départ en week-end, de crayons retirés de son sac, qui était vérifié à chaque départ en raison de sa kleptomanie». Tout en admettant que des relations sexuelles ont pu avoir lieu entre Gwenaël et l’autre résident. Un soignant les a remarqués ensemble sans déceler de «contrainte physique entre eux. Je n’ai pas entendu de cris ou de hurlement, ce jour là». Mais un autre jour ?

Plaidant une sexualité de plein gré assumée par les deux handicapés, la défense de l’établissement reconnaît pourtant que Gwenaël avait demandé à une éducatrice spécialisée «une intervention pour que ces relations cessent». Sans résultat. Sans qu’aucun psychologue ou psychiatre ne soit requis pour assister l’handicapé, fragile, au comportement assimilé à celui d’un enfant, et donc pas préparé à des rapports sexuels. Ce que la famille qualifie de dysfonctionnement et de manquement à la mission de l’établissement.

<B>L’absence et la confirmation</B>

Président du Conseil général dont dépend l’établissement, Luc Dejoie écrit au tribunal pour souligner qu’«aucun règlement n’interdit des relations sexuelles entre résidents». Il s’emmêle les crayons en tentant une manipulation hasardeuse sur les effets de la maladie de Gwenaël : l’absence de pulsion sexuelle de l’handicapé, argumente-t-il, n’est pas confirmée pas un éminent professeur, directeur du centre d’information sur la maladies génétiques à l’hôpital Necker à Paris. Ce qui gomme la trace des crayons. Prévenue de cette utilisation de son nom, le professeur Marie-Louise Briard en question a vivement protesté, n’ayant jamais été interrogée sur le cas de Gwenaël. Elle confirme de plus que «le dysfonctionnement de l’hypothalamus entraîne un développement sexuel incomplet et en conséquence l’absence de pulsion sexuelle».

Le 2 décembre, le tribunal administratif a requis un expert médical pour déterminer si Gwenaël nécessitait une surveillance permanente, et si l’on peut admettre dans son cas le principe de relations librement consenties. Il faudrait y ajouter un traitement de prévention, en comprimé ou en injection, contre les affaires pénibles.

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