La lettre à Lulu
n°17 - avr

Des nèfles. Bénévoles : l’intérim à paie zéro


Dissipons un malentendu : les bénévoles de la coupe du monde sont payés. A coup de majuscule.


Au CFO, on ne dit pas gogo mais «Volontaire», avec un grand V. Majuscule pour tout le monde, gros salaires pour les autres. Comment traiter de pigeons les bénévoles, alors qu’ils sont «ambassadeurs» de la France, «acteurs de l’évènement».

Pour manager les 950 tâcherons temporaires embauchés gratos, une grande cheftaine, Béatrice Lechat, détachée à Nantes par son employeur Manpower, partenaire du Mondial. Mais le sous-chef de la direction des ressources humaines de ces 950 petites mains est un bénévole. «Les missions doivent être enrichissantes, pas contraignantes, dit Béatrice Lechat. La philosophie Volontaire, c’est le plaisir. Il y a un désir de contribuer de manière désintéressée à la valorisation de sa ville, à apporter un sourire aux populations étrangères. Rien n’est transposable en terme d’emploi. C’est une aventure humaine, pas une mission professionnelle». Pourtant, le journal publié par Manpower pour les bénévoles insiste sur le «métier» acquis : «La responsable -Volontaire- du projet habillement de St-Denis est devenue une vraie pro», explique un reportage. Standardistes, assistants restauration, contrôleurs parkings, réparateurs de télécopieurs ne verront aucun match, tout en travaillant à côté. Même les stadiers doivent fixer la foule sans regarder les joueurs du coin de l’œil. Promis juré, cette main-d’œuvre gratuite, sans contrat, «ne fera pas le ménage, ne tiendra pas les vestiaires, ne distribuera pas la soupe» comme à Nagano. Au hasard dans la liste, des opérateurs de saisie de statistiques, un boulot de petite main vivifiant, la tête dans le clavier, les yeux scotchés à l’écran. Ils seront aussi guichetiers, chauffeurs, agents de sécu, contrôleurs d’accréditations, magasiniers, interprètes, placiers, refileurs de feuilles de stats aux journalistes…

Mais à la fin, les bénévolontaires garderont leur tenue Adidas*, auront vu un match de huitième de finale à Bordeaux, auront avalé quelques plateaux repas et garderont la montre Footix offerte à Noël. Et le fin du fin est pour la fin : on leur octroyera un beau diplôme. Il paraît que c’est «plus un souvenir qu’un certificat». Merci d’être souvenu.


<I>* Ou Yves-St-Laurent s’ils sont en poste à l’accueil et au protocole.</I>

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