La lettre à Lulu
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Développement corvéable. Le lotissement subit l’effet de serf


C’est à regretter d’avoir corvéé à merci l’ex-concierge du Housseau. Elle se rebiffe. Et pas un merci, rien que des convocs devant les juges.


Échéances de justice à répétition pour Éliane Dupé, concierge du lotissement huppé du Housseau pendant seize années, et jetée comme une malpropre. L’appel de la décision des prud’hommes* tombe le 7 novembre. Une plainte au pénal suit son cours pour escroquerie (salaires non payés, fausses fiches de paie…) abus de confiance et harcèlement moral. Un recours au tribunal administratif est prêt à partir contre la légalité de son ancien employeur, l’association de copropriétaires du lotissement. L’argument de droit administratif, c’est que cette ASA, association syndicale autorisée qui ne peut exister que pour gérer des voies privées, n’était plus légale à partir de 1977, quand la voirie du lotissement a été cédée à la commune de Carquefou, puis transférée à Nantes Métropole en 2000. L’ASA aurait dû être dissoute. Ce qu’a déjà demandé au préfet une des avocates d’Éliane Dupé. Si le préfet ne répondait pas d’ici le 12 décembre, c’est ce refus de répondre qui serait attaqué au tribunal administratif.

À engager

À la retraite de son grand-père, homme à tout faire, jardinier et gardien, sa petite-fille a pris la suite. Corvéable 365 jours par an, les années bissextiles on ne sait plus trop bien, mais tous les ans sans salaire**, juste l’hébergement dans la maison en guise de.

À dégager

En 2003, après d’âpres batailles, elle obtient un contrat de travail et un salaire, faible mais conforme, mais se fait licencier six ans plus tard, sous prétexte d’externaliser le service, motif juridique irrecevable. Et malgré une pétition de 136 copropriétaires opposés à son éviction, elle a fini par se faire expulser en octobre 2013 de la maison qu’elle habitait avec sa mère et son compagnon depuis toujours. Depuis 1959 plus exactement : trois générations de la même famille ont habité les mêmes murs.

À étoiler

Le temps s’est comprimé lors de l’expulsion, réduit à quelques minutes pour prendre médicaments, papiers personnels et quelques vêtements de rechange. La famille a trouvé refuge dans un hôtel Formule 1 implanté à La Belle-Étoile. Viré de chez soi et dormir à la belle étoile, ça les a presque fait sourire. Presque. Heureusement, tous les voisins de la conciergerie n’ont pas une âme de pierre : la première semaine à l’hôtel a été prise en charge par les quelques propriétaires qui soutiennent Éliane Dupé. Avec sa mère, son compagnon et sa détermination, elle a réintégré sa maison en décembre 2013 pendant un mois. Huissiers et gendarmes l’ont remise à la rue. Un squat chez soi, faute d’un toit ailleurs, avant de trouver à se reloger en location en pavillon à Carquefou.

À normaliser

Pour trouver une bonne conscience d’avoir fait déguerpir ces « petites gens », l’association des 234 proprios du Housseau a dégainé sans s’étouffer le critère de l’insalubrité de la maison, décrétée hors des "différentes normes d’habitabilité et de propreté". Si le logement en question était vraiment inhabitable, c’était pourtant bien à l’ASA, propriétaire collectif de la maison, de l’entretenir. Faut dire qu’il y a quelques enjeux bassement financiers, l’assemblée générale d’avril 2014 ayant décidé de vendre la maison et le terrain de 4 000 m² "après la fin du procès en appel de l’affaire de Mme Dupé". Des fois que cette affaire finisse par coûter cher aux proprios… Vivre ensemble, virer ensemble, c’est pas si facile.

Émile Zona

*  En première instance, les prud’hommes ont jugé abusif son licenciement pseudo économique, et condamné l’association des proprios à lui verser 25 mois de salaires. Et 25 000 euros de dommages intérêts pour l’avoir payée sous le Smic de 1994 à 2003.
** voir « Chasse au serf chez les rupins », Lulu n° 38, novembre 2002 ; « La petite maison dans l’après ric rac », Lulu n° 72, avril 2011 ; « Si on ne peut plus flanquer la valetaille dehors », Lulu n° 76, mai 2002 ; « L’ONG contre sa concierge », Lulu n° 77, juillet 2012.

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