La lettre à Lulu
Lulu 72 - avril 2011

Dico d’or. Sans diconner


Pas encore commencé, déjà controversé, le dictionnaire pour Nantes. Trop fort, le buzz.


Chaque Nantais attend depuis des lustres qu’un gros dictionnaire historique lui raconte tout ce qu’il n’ose imaginer sur la bonne ville de Jean-Marc Ayrault, depuis le paléolithique supérieur. Mais il faut encore attendre. Les historiens qui travaillent sur le temps ne font pas du marketing, ils arpentent le passé, prennent le temps, et pondent des bouquins. Et parfois montent des coups pour faire éditer leurs pavetons. Prévu pour publication à l’automne 2013, en un ou deux tomes, le dictionnaire de Nantes n’a pas d’éditeur, mais a illico trouvé sa bonne fée. Née en octobre dernier, avec pour unique objet de réaliser cette encyclopédictionnaire, l’« Association pour l’étude et la valorisation du patrimoine nantais » reçoit trois mois plus tard une subvention de fonctionnement d’un montant de 45 000 euros*, quand toutes les nouvelles associations doivent poireauter un an d’existence avant de briguer des subsides publics. Un montage sans précédent à Nantes. Le coût final a été annoncé entre 200 000 et 300 000 euros. Autour de l’historien Alain Croix, les huit fondateurs de l’association sont pas trop mal vus du pouvoir en place, puisqu’y figure la directrice du patrimoine et un autre fonctionnaire de l’archéologie. Ils ont aussi siégé au comité scientifique du musée du château. « On y a fait du bénévolat pendant sept ans », soupire Didier Guyvarc’h. Certains ont déjà fait des dictionnaires dont l’utilité échappe parfois au commun des mortels, comme le dico des lycées publics des Pays de la Loire en 2009, suivi par son équivalent en Armorique. Voté en juin dernier par la Région Bretagne, le budget de 200 000 euros pour 4 000 exemplaires de ce pavé d’histoire des établissements scolaires a fait grincer quelques dents et vu les élus Europe écologie et UDB s’abstenir**.

Papier dépassé

A Nantes, ce montage devrait faire fantasmer les éditeurs, qui tentent régulièrement de solliciter la Ville pour des pré achats de quelques centaines de livres, quand ils ont trait à l’histoire de la cité. Ici, aucun éditeur n’est actuellement envisagé. « On donnera peut être le manuscrit à la ville qui en fera ce qu’elle veut, le diffusera peut-être sur internet », dit Didier Guyvarc’h, répondant ainsi à la remarque d’un prof comme Jean-Louis Liters, cofondateur de l’association des amis du Lycée Clemenceau, qui se demande « si l’idée d’un ouvrage papier traditionnel n’est pas aujourd’hui totalement dépassée », suggérant un site internet , moins cher et plus facile d’accès pour tous. Le maire de Nantes a reçu fin mars un courrier d’auteurs pressentis*** et d’universitaires s’étonnant du montage financier, de la présence d’agents municipaux, soulevant des objections sur l’opportunité d’une telle publication et sur les partis pris des « entrées » du dico. Un contenu qui pourrait en fait être corrigé en cours de route. « A l’évidence, vu le temps que ça va nous prendre, le objet n’est pas de faire de l’argent avec cette affaire. Il n’y a pas de frais de bouche », dit Thierry Guidet, membre du petit comité et directeur de Place Publique, revue financée par Nantes métropole. Le petit comité a aussi répondu par quatre pages d’explication qui affirment que « le coût total (200 000 euros) sera en partie pris en charge à 55 % par des subventions (Ville de Nantes, et nous l’espérons, d’autres partenaires) à l’association constituée pour la réalisation du DN, et par du mécénat d’entreprises privées. Les 45 % restants seront pris en charge par l’éditeur et couverts par les recettes provenant de la mise en vente du livre dans l’ensemble des librairies françaises ». Vu le marché de l’histoire locale en librairie, pas sûr que les ventes hors Nantes se comptent sur les doigts de plusieurs mains. Avec ses 684 entrées, ce dictionnaire ne sait pas grand chose de sa sortie.

Lulu Castagnette

* Conseil municipal de Nantes, 4 février 2011
** Le Télégramme, 4 juin 2010
*** dont l’auteur de ces lignes, contacté pour deux petits articles

Lu 584 fois













La Lettre à Lulu : RT @Paris_luttes: Pour la manifestation de cet après midi, les flics sont passés chez tous les habitants du Blvd Beaumarchais pour poser de…
Lundi 8 Mai - 16:05
La Lettre à Lulu : RT @Obs_Violences: Un policier a frappé à plusieurs reprises un manifestant à la tête, hier soir à Paris. https://t.co/YLCReBRkEd
Lundi 8 Mai - 16:03
La Lettre à Lulu : Que devient le spectre électoral de la droite ? #ElectionPresidentielle2017 #ElectionsPresidentielles2017… https://t.co/Y2BAjkbjUg
Samedi 6 Mai - 19:38
La Lettre à Lulu : Droite-gauche : ça devient quoi ? #ElectionPresidentielle2017 https://t.co/IpRV06c8Lf
Samedi 6 Mai - 19:36
La Lettre à Lulu : RT @AnthonyMeignen: Dans le @canardenchaine de cette semaine, l'aéroport "absurde mais dé-mo-cra-ti-que" de #NDDL ! https://t.co/MvADa8hpOc
Vendredi 5 Mai - 11:02