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Lulu 54 novembre 2006

Distribe. Enfin le smic à un euro et des poussières


La filiale du goupe Ouest-France s'est fait repérer par ses pratiques salariales innovantes. À Nantes comme ailleurs.


Distribe. Enfin le smic à un euro et des poussières
Dans le groupe Ouest-France, le journal quotidien n'est pas le plus juteux. C'est la filiale Spir Communication qui tire les plus gros dividendes. Spécialisée presse gratuite (d'annonce et d'info), et distribution directe, la structure est cotée en bourse. Mais il ne faut pas trop regarder sur quoi prospère cette machine à faire des croissances à deux chiffres. Sous Spir Communication, dans l'organigramme, il y a Adrexo qui emploie notamment les petites mains qui distribuent 20 minutes. Les autres flinguent les amortisseurs de leur voiture perso en la chargeant à bloc de pub à dispatcher dans les boîtes aux lettres. Adrexo ? Pas une bonne adresse pour la majorité de ceux qui sont passés dans ses pattes. Un employeur pas très recommandable, si l'on en croit l'avalanche d'ennuis et de procès que collectionne cette boîte, concurrente de La Poste pour les pubs dans les boîtes aux lettres et de plus en plus pour le courrier, avec la libéralisation européenne des services postaux.

Pour faire des bénefs, il faut minimiser les coûts de main d'œuvre. Et pour minimiser, ils s'y emploient, chez Adrexo. Le temps imparti pour arroser un quartier et y distribuer ses tombereaux de pub est souvent infaisable. Et les distributeurs n'arrivent jamais à obtenir d'explication sur le rapport entre leur temps de travail et la paie minimaliste. «La grille de salaire est très confuse. Comme ça on comprend rien!», dit un de ces tacherons de la boîte aux lettres. Même portion congrue, la paie au rendement ne tombe souvent qu'avec plusieurs mois de retard. En fait, la rémunération est forfaitaire et largement sous-évaluée. Ramené à un taux horaire, les comptes font grise mine, recalculé selon le tarif qui octroie royalement autour d'un euro et des poussières et parfois jusqu'à cinq euros dans les bonnes occasions. De toute façon nettement en dessous du smic. Les remboursements kilométriques ne couvrent même pas les déplacements.

«La société Adrexo recrute du personnel en difficulté. Ils font signer un contrat pour six ou huit heures de travail hebdomadaire alors qu'il est impossible de réaliser la distribution en si peu de temps, indiquait un salarié d'Adrexo à L'Union de Reims*. Les personnes peu armées ne prennent pas la peine de réclamer un avenant à leur contrat pour les heures supplémentaires qui ne sont jamais payées » Les gros mots sont de sortie: «exploitation généralisée», «arnaque», autant de vocables pas gentils que Lulu s'interdirait de reprendre, d'autant qu'il a déjà vu s'énerver en justice une société similaire, qualifiée d'esclavagiste en 1999.

Lâchement poursuivi par des salariés déçus, Adrexo cumule les condamnations. 5 septembre 2006, Cour d'appel de Poitiers: 400 000 euros de rappel de salaires à verser à neuf distributeurs. 30 août, prud'hommes de Metz: Adrexo condamné à verser plusieurs dizaines de milliers d'euros à huit ex-salariés. 6 juillet, prud'hommes de Macon: 72 000 euros à payer à un ancien salarié distributeur, et d'autres procédures en cours. À Nantes, Sud PTT assiste 26 distributeurs de prospectus qui ont collé la boîte aux prud'hommes. Pas encore de date d'audience. Autour de Reims, ça a chauffé avant l'été. Au point que Renaud Dutreil, ministre des PME, rien d'un bolchevik, s'est ému des abus manifestes chez Adrexo. Alerté par quelque 150 distributeurs d'annuaires pages jaunes, qui ont porté leur affaire devant les prud'hommes, le ministre a prévenu l'inspection du travail.

«Pour les syndicats, il s'agit d'un délit de travail dissimulé. Les heures effectuées n'ont été rétribuées qu'entre 40 % et 10 % du SMIC», note un reportage de France 3**. Audience en décembre. Pour tout ce paquet d'ennuis, le roi du boitealettrisme Adrexo ne cherche aucune publicité.

* L'Union de Reims, 24 février 2006
** France 3 Lorraine, samedi 30 septembre 2006

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