La lettre à Lulu
Lulu 63 - décembre 2008

Eau rage, eau désespoir. Flotte de guerre Nord-Sud


Le big bizness de l’eau sponsorise à Nantes un petit échange Nord-Sud. Veolia ouvre son petit robinet pour masquer des eaux plus troubles.


Eau rage, eau désespoir. Flotte de guerre Nord-Sud
Se voulant « lieu de rencontre des cultures scientifiques du Sud et du Nord », le futur IEA, Institut d’études avancées, accueillera à Nantes en résidence des chercheurs en sciences humaines, des toubibs, des biologistes, des artistes de tous les continents. Youpi. United colors of bénédiction. Les premiers résidents annoncés devraient venir de Delhi, Yaoundé, Tokyo, Ouagadougou, Berlin, Venise, Sao Paulo ou New-York. Premier du genre en France, cet institut ouvre en janvier 2009 avec le soutien de Veolia Eau qui a mis le paquet : deux milions d'euros au capital, six fois plus que la subvention annuelle de Nantes métropole. Veolia, numéro 1 de la distribution de l’eau et du traitement des ordures dans le monde, ex-Vivendi, ex-Générale des Eaux. Grand financeur des chiraquiens, si l’on en croit le procès des HLM de Paris et le scandale des lycées en Ile-de-France. Installateur de tramway en Israël reliant les colonies au reste des villes. Un équipement qui enracine la spoliation des terres palestiniennes.

La mer à boire

A Nantes, avec ces chercheurs nord-sud, Veolia se rachète une conduite. Officiellement, les multinationales qui dominent le marché planétaire de l’eau, Veolia et Suez-Lyonnaise au premier plan mondial, baratinent sur la « gestion active de l’eau ». Plaidant que cet H2O qui se fait si rare est un besoin, bien plus qu’un droit. Une histoire d’offre et de demande, rien à voir avec cette agaçante notion de « patrimoine commun de l’humanité ». C’est donc un bien privé, une marchandise précieuse, des tuyaux et de robinets, et incidemment ce qui coule dedans. En Afrique et pour tous les pays pauvres, la Banque mondiale met en balance la privatisation de l’eau contre l’allègement de la dette et l’octroi de nouveaux prêts. C’est pas la mer à boire. Juste une spirale de dettes qui pousse les économies exsangues dans les bras des multinationales.

Privés d’eau privée

En France, Veolia Water multiplie les déclarations prônant un usage raisonné et raisonnable de la flotte. Ce qui masque mal les logiques lourdes d’ingénierie et de technologies high tech censées résoudre les problèmes de la ressource. Sans mettre en cause les productivismes agricoles, industriels, énergétiques ou touristiques… Une affaire d’experts et d’actionnaires choyés. La langue pendante, excité par une belle soif de dividendes, Veolia Water avoue desservir 2 % de la population mondiale. Alors que « la part de la population mondiale desservie en eau potable par des opérateurs privés se situe entre 6 et 7 % ». Il y a de la marge. Et la marge, les actionnaires adorent.

En fait, la position dominante d’une société comme Veolia en fait un vrai prédateur. Début août 2007, avant la crise, Le Figaro, pas vraiment habitué à pourfendre le capitalisme dévastateur, a ainsi vivement conseillé à ses lecteurs de miser sur les « valeurs sûres » en bourse comme les sociétés en « situation oligopolistique Suez et Veolia », qui ont le pouvoir de « répercuter une hausse des coûts sur leur prix de vente ».

« Les exemples des effets néfastes de la privatisation de l’eau sur les populations ne manquent pourtant pas dans le monde… Au final, le prix de l’eau augmente, et ceux qui ne peuvent plus payer ne bénéficient plus du service “, explique l’ONG Peuples solidaires.

Arroser tout le monde

Sur son site, Veolia rame : « Il est primordial de ne pas se laisser aveugler par un débat idéologique qui n'a pas lieu d'être », plaide comme il peut Cyril Roger-Lacan, directeur général-adjoint de Veolia Water, qui auto-évalue ses pratiques et auto proclame que « le développement durable n’est pas une contrainte mais une des fondations du métier ». Avec la « i[conviction que le développement durable, pour un opérateur de services d'eau et d'assainissement, constitue avant tout une recherche de solutions concrètes, au cas par cas, au service de chacun de ses clients]i ».

Autre ONG, Public Citizen fondée par Ralph Nader et défendant le maintien des services publics, publie en 2005 un rapport qui épingle Veolia : « En dépit de l’expérience professionnelle mondiale de Veolia dans la corruption, les promesses brisées, la dégradation de l’environnement, l’escroquerie dans les prix, le brouillage, le fourvoiement et le secret, la plus grande entreprise de l’eau au monde continue à avoir le soutien substantiel des proches des puissants des cercles financiers et politiques. Parfois, l’industrie de l’eau privée a recueilli ce soutien à l’ancienne mode : en subornant des officiels ».

Ali El Kenz et Alain Supiot, les pères fondateurs de l'Institut, ne peuvent qu'avaler sans sourciller avec une langue de bois humidifiée par Veolia : « La mondialisation économique confronte les grandes entreprises à des sociétés et des cultures différentes. Veolia Eau l'a compris lorsqu'il sagit d'implanter des systèmes de distribution d'eau en Afrique et en Inde par exemple ». On pourrait les embaucher comme chargés de com’, ou pour astiquer les robinets.

Ainsi, à Nantes, un des plus avides opérateurs de l’eau, artisan de la soumission des peuples du Sud aux économies des nantis, va venir baptiser un échange Nord-Sud. Ce financement, c'est une goutte d'eau pour Véolia.

Pour savoir bien nager avec les élus, faut savoir se mouiller.

H. Dezeaux

* Ouest-France, le 28 novembre 2006

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