La lettre à Lulu
n°35 - déc

Ecolo incorporated. Ecopôle : l’arbre qui fâche la forêt


Plate-forme fédérant les associations écolos de l’agglo, Ecopôle se fait vertement tancer par ses propres troupes. Et les rallonges d’aides publiques demandées sans projet aux collectivités commencent à faire tousser. Vite, une valda.


Ecolo incorporated. Ecopôle : l’arbre qui fâche la forêt
Jeune structure nantaise cherche machine à calmer le vent. Spécialisée si possible en vent de grogne interne. Plate-forme des associations environnementales créée au printemps 2000, Ecopôle est depuis remuée par une copieuse fronde des membres fondateurs, qui se sentent floués, court-circuités, menés à la hussarde et carrément doublés sur leur terrain. C’est pas l’instance de divorce mais la confiance reste à restaurer, comme disent les experts en restauration de confiance.
Ecopôle, asso 1901, a aujourd’hui douze salariés dont plus de la moitié d’emplois-jeunes. «La structure a évolué très très vite. On a perdu le contrôle, mis devant le fait accompli», dit Laurent le Corre, de Bretagne Vivante, pourtant cheville ouvrière du lancement. Si le centre de ressources fonctionne sans critique, la bisbille est copieuse sur les missions d’éducation à l’environnement, stages et visites commentées, loisirs nature, découverte des marais, de la loutre rieuse et du hanneton à poil dur. Ecopôle devait être «facilitateur» des savoir-faire des associations auprès des collectivités. La structure est accusée de court-circuiter ces associations, sans autre forme de débat. «En certaines occasions, nous avons constaté une transformation de l’Ecopôle facilitateur en Ecopôle écran», déplore en juin dernier un texte interne, véritable motion de défiance, après un an de fonctionnement, contre le «projet complètement dévoyé» et la «dérive» de la structure qui «s’arroge une fonction, pour laquelle elle n’a pas été sollicitée, mais pour laquelle elle percevra des frais de gestion substantiels». La gare de triage est devenue locomotive et largue ses wagons.

Marché commun

«C’est un organisme public qui agit comme un structure commerciale avec des prestations à prix fort», souligne Philippe de Grissac de la LPO. «On s’estime dépositaire d’une certaine éthique. Ce n’est pas qu’un marché régi par des règles économiques», ajoute Laurent Le Corre. Les salaires des dirigeants, les frais kilométriques généreux agacent les militants associatifs habitués aux budgets serrés. La personnalité de Philippe Burban, le directeur focalise certaines critiques. «Il va très très vite, comme dans une entreprise ou le conseil d’administration avalise les décisions. Manque le réflexe de la consultation, de la démocratie interne», dit Laurent Le Corre. Certains ont souhaité cadrer ce directeur par une lettre de mission, comme les directeurs de la LPO ou de Bretagne Vivante. Hors de question riposte Burban, «mon contrat de travail a été signé à la création d’Ecopôle». Point barre.
«Les membres du réseau ne peuvent accepter d’être dépendants du seul directeur d’Ecopôle pour gérer leurs relations avec les commanditaires publics, ajoute la motion de l’assemblée générale. Cette affirmation n’est pas justifiée par le souci de protéger des territoires d’intervention historiques, mais bien par la conviction que la formation, la compétence, et l’expérience sont au sein des associations membres du réseau qui possèdent pourtant une légitimité et une compétence largement supérieure.»

Vedette de l’écran

Ce rôle d’écran, Ecopôle le revendique portant comme «filtre ou médiation entre un pannel d’associations et des collectivités» qui ne veulent pas travailler avec des militants qui les escagassent grave sur le terrain, contestant aménagements et projets avec des recours en justice. «Cette contradiction du réseau, à la fois militant et partenaire, je crois que c’est incompatible, et sans doute pas tenable dix ans pour Ecopôle», confie Philippe Burban qui récuse «les diktats sur le mode de fonctionnement» de sa structure. Le problème, résume-t-il, tient aux emplois jeunes trop largement accordés, qui ont désormais besoin de marchés garantis pour perdurer. Et tous proposent des programmes naturalistes, alors que personne ne s’est placé sur les enjeux urbains, déchets ou eau. D’où une vive concurrence entre associations. Et peut-être bien avec Ecopôle, qui a ses sept emploi-jeunes à nourrir.
Les paysans du GAB 44, Groupement des agriculteurs bio, considèrent comme le mariage de la carpe et du lapin de sièger au conseil d’administration au côté d’une grosse structure comme la Cana d’Ancenis. Et se défient du projet visant le marché des cantines scolaires dont ils étaient partie prenante. «Ecopôle voulait une plate-forme unique pour regrouper les produits bio et les autres non labélisés, dit Jacques Cochy. Le bio a mis des années à contruire son image, et on servirait de cheval de Troie pour faire passer l’agriculture durable, aux coûts de productions inférieurs au bio, et qui a recours au chimique si besoin ?»
L’asso Alisée qui œuvre sur les économies d’énergies se demande si elle va garder ses bureaux au sein d’Ecopôle, où elle se trouve bien seule. Philippe Godineau, président d’Alisée et déjà ancien vice-président d’Ecopôle, dénonce l’opacité du fonctionnement qui masque les associations aux partenaires extérieurs, relève une masse salariale très au dessus de la normale, et se demande si l’objectif ne se résume pas à «faire une machine la plus grosse pour capter toute la manne des crédits dédiés à l’environnement», au détriment justement des groupes militants du réseau. Pour régimenter ce réseau, il va falloir nommer dare dare un maréchal d’écologie chef.

<B>Alain Lipide</B>

<I>* Avant le lancement, les prévisions étaient de 6,6 MF en 2001.</I>

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Après avoir bénéficié d’1,7 MF d’investissement, Ecopôle a tourné en 2001 avec un budget de fonctionnement de 3,8 MF (58 millions de centimes d’euros). Les élus de Nantes et de la communauté urbaine se sont fait tirer l’oreille pour financer une rallonge sans projet supplémentaire. Pas chaud pour jouer les bouche trou, à coups de 200 000 F de cadeau de fin d’année. Simple malentendu sur un accord oral qu’a oublié Jean-Marc Ayrault, dit Jean-Claude Demaure, père fondateur d’Ecopôle. «Nous restons très prudents vis à vis du fonctionnement, dit Françoise Verchère, élue PS à la Communauté urbaine.
Les rallonges aux subventions annuelles demandées à Nantes et à la communauté urbaine ne sont pas très réglo. Ça doit rester exceptionnel. Pas question d’accepter des dérives et d’intégrer ces rallonges pour monter le plancher des subventions l’an prochain. Ecopôle doit rester une association d’associations, pas une agence d’environnement au service de la CU.» Pour Ronan Dantec, élu Vert à Nantes et à la CU, «la mise en place a donné lieu à frottements et tensions. Le financement doit se diversifier mais avant, Ecopôle ne doit pas se développer à tout va. Quant à sa crédibilité, elle tient à sa capacité à rester une structure fédératrice sans chercher à être l’interlocuteur unique avec les collectivités et un écran pour les associations.»

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