Et pan ! Le paysage audiovisuel nantais s'est fait amputer d'une télé locale. En deux coups de cuiller à peau de chagrin, au nom du pluralisme triomphant, M6 s'est fait réduire au silence par la nouvelle donne des médias soigneusement ouest-francisés. Merci du cadeau. La nouvelle tombée à la mi-juin : Judikael 44 et 35, les deux filiales à 100 % d'Ouest-France qui produisent les décrochages d'infos nantais et rennais de M6 sont liquidées. La presse locale se contente des communiqués. « M6 sacrifié par Ouest-France », titre courageusement 20 minutes, pourtant détenu à 50 % par Ouest-France, dont le quotidien préfère parler de « la décision de M6 de supprimer le décrochage quotidien ». Comme si c'était uniquement à Paris que l'on avait décidé de laisser les journalistes sur le sable. Dans une logique de désengagement provincial, pas vraiment préoccupé par l'info (qui manque singulièrement de juteux produits dérivés), M6 ne voit aucun intérêt à assurer une reprise. Écœurés, les journalistes posent aussitôt leurs caméras, quinze jours avant la pause estivale. Les entretiens préalables de licenciement démarrent le 13 juillet pour les quinze salariés nantais et rennais répartis entre deux filiales d'Ouest-France qui assuraient les décrochages de Six minutes locaux. Quinze salariés sur le carreau. Protestations d'Ayrault et d'Auxiette qui avaient pourtant applaudi à deux mains l'extension du domaine de Ouest-France annexant Presse-Océan et Nantes 7.
Début juillet, les reclassements proposés ne font pas rêver : deux CDD et deux CDI à Lille et Bordeaux, où les décrochages de M6 sont réputés en simple sursis avant fermeture ; rester correspondant de M6 national à Nantes ou Rennes, employé par une agence de presse bordelaise, mal payé et corvéable par monts et par vaux ; un poste de webmarneur polyvalent à Paris, en perdant le statut de journaliste et payé des clopinettes. Pour l'instant, c'est tout.
Jusque là, ils travaillaient pour M6 avec des voitures Ouest-France, des tickets restos et les œuvres sociales d'Ouest-France. Un truc un peu bâtard. Officiellement, ils ne dépendraient pas de M6. À la mi-octobre, les voilà envoyés spéciaux permanents à l'ANPE.
Laurent Boyau