La lettre à Lulu
Lulu 50 novembre 2005

Enfermez les rupins. Résidants triés sur le volet blindé



Enfermez les rupins. Résidants triés sur le volet blindé
Trois résidences ghettos autour de Nantes, bientôt quatre. Rendez-vous vous êtes cernés !

Par euphémisme, on appelle ça des « enclaves résidentielles fermées ». Les jaloux disent ghettos dorés. Ou immobilier sécuritaire pour friqués. Dans l’agglomération nantaise, on en trouve aux Sorinières, champion local de l’habitat social rare (3,5 %) et à Carquefou, à peine mieux (8,4 %). Bientôt à Sucé. Leader du concept de résidence fermée, le promoteur toulousain Monné-Decroix a quatre résidences en région nantaise, Le Newton et Le Champollion à Carquefou, Le Clos de la Fontaine aux Sorinières. Et Villa Adrian à Sucé-sur-Erdre, livrable au second semestre 2006. Soit 293 logements, du T1 au T4.
Cet immobilier sous surveillance permet de s’isoler des moins que rien, vulgum pecus, sous productifs, pue-la-sueur et autres faciès à fuir. Trois universitaires dont un nantais, François Madoré, viennent de publier une étude* sur ces résidences d’auto-enfermement volontaire.
Le mouvement a débuté en France autour de Toulouse. Le promoteur Monné Decroix, vite imité, importe des Etats-Unis l’idée de ces résidences sécuritaires de grande classe avec piscine, grande clôture sécurisante, portail fermé à télécommande et interphone, accès éclairés, alarmes, et gardien appointé à demeure, renommé « régisseur ». On a le standing de château ou on ne l’a pas. Luxe suprême, chaque résident peut suivre sur sa télé le spectacle des abords scrutés par les caméras de surveillance, en espérant le frisson d’apercevoir l’ombre d’une intrusion… Samedi, venez vers 20h, sans chichi, on se fait une soirée vidéosurveillance live. Ces sanctuaires vendus comme inviolables sont surtout acquis par des investisseurs, venus chercher des défiscalisations, et qui louent après leur achat.

Pour vivre heureux, vivons enfermés

Enfermez les rupins. Résidants triés sur le volet blindé
Cette tendance à la sécession spatiale et sociale permet de se sentir à l’abri du brouhaha des miséreux, forcément inquiétant. En se soustrayant au péril de tout traîne-la-faim ou de son ombre, on réalise une petite société de l’entre soi, triée sur le volet blindé. Une offre collective de mise à l’écart, comme le pratiquent déjà individuellement certains propriétaires de maisons bardées de défenses contre les intrusions. Hors de chez soi, tout est suspect. De l’aveu des promoteurs de ces espaces, les clôtures sont inefficaces contre le vol, mais elles ont une fonction psychologique. Et si on n’est pas rassurés à ce prix, on peut bien sûr de réassurer et se surassurer tous risques.
Les auteurs du livre notent que les réalités et l’échelle des projets diffèrent dans le monde, la France ayant plutôt opté pour des ensembles réduits de moins de 40 logements**. Mais le risque de balkanisation, et de militarisation de l’espace urbain est bien posé, relevant aux Etats-Unis d’une douteuse théorie de la prévention du crime par le design de l’environnement. Une idée parente du « defensible space », l’espace défendable et défensif. Comme si le dessin de la ville, l’architecture, le choix des formes et des matériaux pouvaient résoudre les inégalités et injustices sociales, la pauvreté et tous les effets induits, délinquance, traîne-savatisme, ou pire, rasage approximatif.

* «Ville fermée, ville surveillée, la sécurisation des espaces résidentiels en France et en Amérique du Nord», Gérald Billard, Jacques Chevalier, François Madoré, Presses universitaires de Rennes, collection Géographie sociale.
** A Carquefou, Le Chapollion, plus gros ensemble des quatre péri-
nantais, offre 102 logements.

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