Derniers tweets

Partager ce site
Lulu 58 - décembre 2007

Esprit maison. De squat j'me mêle


Ils sont les résidents du Fouloir. Leur résidence, ils s'en occupent. Un genre de manière de ne pas couper les cheveux en squat.


Esprit maison. De squat j'me mêle
À Saint-Herblain, dans un des derniers coins protégés de la zone humide, entre le bourg, la voie ferrée et le fleuve, deux maisons étaient laissées à pourrir depuis cinq ans. Une histoire de refus d'héritage. Pendant que tous les pauvres de l'agglomération nantaise se saignent pour des appartements indignes, dorment dehors, ou s'entassent dans des colocations officieuses à quatre ou cinq dans un studio. Les listes HLM sont surchargées. Patientez des années, on vous écrira. Autour, des maisons vides, des immeubles de bureaux n'ayant jamais servis, des fermes abandonnées, ou des quartiers entiers attendant d'être rénovés pour que les bobos nantais daignent s’y installer.

Plutôt que d'attendre les gentils "Don Quichotte", certains se sont passés d'autorisation et ont occupé deux maisons à St Herblain. "Au départ, le but était de se mettre à l'abri pour l'hiver. Il s'est trouvé qu'on y est resté deux ans. La perversité de ce système, on ne l'a pas combattue de front comme on le pensait. La réalité c'est qu'on n’a dérangé absolument personne". Au contraire, le groupe de squatteurs s'est mis à faire des projets, cultiver un potager, réparer des bagnoles, faire des concerts entre potes sans que cela ne gène aucun voisin. Ça faisait des pauvres occupés, presque des révoltés en moins. Puis la
machine à expulser s'est mise en branle : "Ce sont les obscurs domaines publics qui se sont chargés de nous rappeler que notre civilisation est basée sur la propriété privée. Ils nous ont envoyé tous les habituels soldats de l'ordre et de la propriété : notaires, flics, huissiers puis juges et avocats. Bien sûr, raconter à un tribunal qu'une dizaine d'individus essaie de vivre dignement en créant une tenue maraîchère, un atelier associatif de mécanique, un studio de musique, n'a servi à rien. La date d'expulsion est fixée le 26 décembre". Joyeux Noël!

Mais les jardino-squatto-mécanos ne lâchent pas l'affaire. Ils sont allés remuer un peu d'air à la mairie de Saint-Herblain. qui devait acheter les maisons. Aussi parce qu'une mairie qui a le pouvoir de détruire une vallée pour faire 500 logements (le lotissement de La Pelousière) doit bien pouvoir éviter à une dizaine de personnes d'être obligée de dormir sous les ponts. Finalement, il s'est avéré que la mairie ne voulait plus acheter le bien et qu'évidemment elle ne pouvait rien faire pour eux. Vaines tractations pour du vent! "À part nous féliciter pour nos projets “extrêmement intéressants“ qui n'étaient pas sans leur rappeler leur jeunesse, rien de concret". Juste la promesse officieuse d'appliquer la trêve d'hiver pour éviter une expulsion si ça tombait avant le printemps… Le collectif reste sceptique.

Pour ne pas démarrer l'année dehors, les résidents du Fouloir espèrent le soutien de l'association "Une famille, Un toit", mobilisée par le problème du logement, et qui pourrait transformer le lieu en maison relais. Mais en attendant, ils appliquent le vieux principe, j'y suis, j'y reste et j'emmerde les spéculateurs. Y'en a qui vivent dans la ouate. Eux, c'est dans le squat.

Louis Louche
On peut les contacter pour les soutenir: lefouloir@no-log.org

Squat toujours. Droit à qu'dalle
Le tribunal de Nantes a décidé d'expulser des squatters qui ne faisaient qu'habiter une maison vide qu'ils ont même un peu retapée de leurs petites mains. Une maison inoccupée depuis plusieurs années dans le quartier du pont du Cens. Mais bien sûr, une maison comme ça, c'est du profit qui dort, du bizness qui végète, une insulte au métier d’agent immobilier. Parmi les motifs retenus par les juges le 11 octobre dernier, il y a cette phrase : « le droit au logement est reconnu comme un droit fondamental, il ne peut faire obstacle au droit de propriété ». Le droit au logement opposable, ça veut dire qu'on se retrouve sur le sable, pas sur l'oppo.

Lu 1397 fois