Pérenne et le pot à eau. Le non concept du non consensuel
C'est pas de la soupe, c'est du ratage.
La manifestation a su produire ses déceptions manifestes. Comme l'œuvre d'Ange Leccia sous le tunnel Saint-Félix, un simple éclairage assez basique que le commanditaire Jean Blaise considère lui-même comme raté. C'était pourtant bien vendu: il fallait absolument découvrir «l'œuvre aux mille reflets». Mur ou porte, on ne savait pas trop: «Telle une porte vers une autre dimension, ce mur lumineux agit comme un appel à pénétrer dans ce boyau magique qui traverse la ville». C'est pas tout: «Un halo de lumière, dans un spectre chromatique contraire aux lumières urbaines et proches des couleurs de l'estuaire». Manque de bol pour le lyrisme et ce sens du contraire de l'urbain qui distingue les grands projets des fumisteries, l'œuvre est désavouée par le grand manitou Jean Blaise qui la range dans les «propositions artistiques non consensuelles». Un euphémisme pour fiasco, sans doute.
Il appose le même diagnostic pour la «machine à remplir la Loire» à Indre, simple installation de pompage de la Loire, dotée d'un bête jet d'eau rejetant la flotte. À Couëron, le banc sur lequel il faut s'asseoir pour déclencher un jet d'eau, «une action presque effrayante sur le paysage», hésite entre gadget et animation foraine. Ce qui a quand même titillé les petits malins, puisque le dispositif (comme disent les cultureux) a été détraqué trois fois de suite par des vandales sans foi ni Loire.
Le catamaran à passagers qui fait la croisière dans les deux sens, ce n'est pas un bateau mais un «objet flottant potentiellement furtif». le système de miroir ne reflète rien des berges. Rien que cet habillage artistique n'a connu que des déboires. Les hublots transformés en vitre sans tain se sont révélés opaques ou presque. On ne voyait rien à travers. Il a fallu les enlever. Les plaques réfléchissantes habillant la cabine se décollent. La demande était sans doute injouable. Un tel navire ne peut pas vraiment être customisé comme un vulgaire tracteur déguisé en char de carnaval. Le bateau gardera sa forme et son allure, et restera opérationnel dans ses éléments: l'eau, le courant, le clapot. Comme proposition artistique, comme on dit, c'est forcément un peu limité. Mais comme questionnement sur la non consensualité, chapeau.