La lettre à Lulu
Lulu 43 - décembre 2003

Êtres chers. Jour de deuil à l’œil



Sous le coup de l’émotion après l’accident de la passerelle d’accès au Queen Mary, le pédégé Patrick Boissier a décrété en direct devant les caméras de télévision que la journée du lundi ne serait pas travaillée, le chantier fermé pour cause de deuil. Surprise quand les salariés, pratiquement «lockoutés» pour cause de décès, ont appris que cette journée ne leur serait pas payée. Sans avertissement ni concertation. La direction d’Alstom bredouille sans convaincre que tout cela était clair dès le début.

Mais en même temps, Marine Hebdo, le journal interne fait un appel au personnel intéressé à verser des dons, que la direction assure doubler chaque fois d’un montant équivalent, versé sur le compte d’une association «Alstom solidarité». Ce qui fait dire à certains métallos que s’ils donnent la valeur d’une journée de travail, les Chantiers vont verser autant, soit la journée de deuil retenue par le patron. Et puis quoi encore, un jour de plus pour les dommages et intérêts ? Le pataquès est encore plus trouble chez les sous-traitants, dont certains patrons ont payé la journée de deuil, d’autres non. Calculette à l’appui, la journée non payée n’aurait rien d’une mesquinerie pour Alstom, qui ne tient pas à divulguer le coût d’un jour de boulot pour ses 4387 ouvriers, techniciens et cadres. Elle pourrait bien avoisiner le demi-million d’euros. À se demander si le pédégé n’a pas d’abord parlé juste, sincèrement sensible à l’évident état de choc, et que très vite la raison économique a repris le dessus. «Une journée de deuil n’est pas une journée de congé supplémentaire», a expliqué le porte-parole des Chantiers au micro d’RTL*. De toute façon, avec l’enquête en cours, personne n’aurait été très performant au travail, analyse un cadre supérieur, encore plus philosophique. Journée pas rentable, donc. Le mardi, lendemain de la journée chômée pour jour de deuil, les salariés sont allés porter une gerbe et ont débrayé deux heures. Curieusement, ces deux heures leur seront payées, ce que les ouvriers n’ont jamais demandé, la tradition en cas d’accident mortel voulant un moment de recueillement hors de présence des dirigeants de la boîte. Mais deux heures de quelques-uns, c’est quand même moins cher qu’une journée pour tout l’effectif. Les chantiers sont encore sous le coût de l’émotion.

<I>*RTL, le 26 novembre, journal de 18h.</I>

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