La lettre à Lulu
Lulu 90-91 - décembre 2015

Facebook envoie péter la proc'


Victime d'une mise au pilori via un réseau social dont nous tairons le nom parce qu'il est déjà nommé dans le titre et que la pub gratos, ça commence à bien faire, Brigitte Lamy, procureure de la République à Nantes, a sommé Facemachin de lui balancer les noms des fauteurs de troubles à l'ordre de son image. Mais les Américains de Trucmuchebook l'ont envoyée se faire voir. Triste époque, où personne ne like plus les représentants de l'autorité et du classement sans suite.


Coup de frein, coup d'accélérateur. Un coup elle classe, un coup elle poursuit. Si Madame la procureure est bipolaire, poursuivra-t-elle le dérèglement du climat ?

dessin : Ioo
dessin : Ioo
Entre l’impunité de la police et la punité des victimes sur le carreau, Brigitte Lamy, procureure* de la république, a choisi. Personne n’oserait dire : elle fait un sale métier, mais elle a une excuse, elle le fait salement*. Pas du tout. Madame Lamy est rangée. Elle trie sélectivement ses dossiers. Classe soigneusement. Sans suite. Mais quand elle est concernée personnellement, elle lance la machine judiciaire. On la critique acerbement. C’est très injustifié.

Ni nature, ni auteur, ni éléments

Ciblées comme à la foire, sous couvert de « gestion démocratique des foules » le 22 février 2014 à Nantes, six personnes atteintes par des balles de caoutchouc dur ont porté plainte contre la police. Trois ont perdu un œil. Aucun de ces fonctionnaires de la tendresse manifeste ne sera inquiété ni traduit devant un tribunal pour s’expliquer. Les six plaintes ont été classées sans suite en avril 2015. « La nature exacte du projectile n’a pu être déterminée », explique alors Brigitte Lamy. «i[Pas d’auteur identifié] » et «Pas d’éléments permettant de caractériser une infraction» ont servi à tuer dans l’œuf toute poursuite. Mutilation volontaire par un détenteur de l’autorité publique ? Circulez, y a rien à voir. Madame Lamy l’a décidé, les yeux dans les yeux avec elle-même. Les argousins n’ont donc officiellement jamais visé dans le tas. On imagine donc que les victimes se sont tiré dessus en nettoyant leur poing. Paf, le coup est parti.

Transmission impossible

Une affichette circule alors qui met en doute la thèse du poing nettoyé. Madame Lamy n’apprécie pas ce portrait d’elle constellé de taches rouges, affirmant qu'elle «protège les policiers qui blessent et mutilent». Fumasse, elle diligente (comme ça qu’on dit) des poursuites contre les auteurs de l’affiche irrespectueuse. Sa plainte est passée par le parquet général qui a refilé le dossier à Fabienne Bonnet, sa collègue proc de Saint-Nazaire qui dit à Lulu : «L’enquête préliminaire de la police judiciaire est bouclée en décembre. Je dois prendre une décision avant fin janvier, compte tenu des délais de prescription

Zuckerberg fait obstruction

La procédure a ciblé le compte Facebook « Nantes révoltée » qui a diffusé l'affichette. Mais, l’injure publique n’ayant pas cours aux États-Unis d’Amérique, Facebook a carrément refusé de se soumettre à l’injonction de la justice française qui réclamait l'identification des ordinateurs administrant cette fichue page lèse-majesté. Chou blanc pour Brigitte qui n’a pas poursuivi ceux qui ont repris l’image ensanglantée, Le Parisien, Reporterre, Citizen Nantes, ainsi qu'une douzaine de sites et blogs. Seul celui de l’écrivain et éditeur Jean-Jacques Reboux est dans le collimateur. Le 1er octobre 2015 on interrogatoire a duré 3h30.

Selon le flic qui l’interroge, dame Lamy reproche au blogueur la totalité de son article illustré par l’affiche, et pas seulement la mention «Brigitte Lamy, la procureure qui estime que la police a le droit de crever les yeux des manifestants.» Est donc préjugé injurieux le passage «Lunettes customisées, boucles d’oreilles fantaisies pour égayer le sourire un peu triste, Brigitte Lamy pourrait être une Française ordinaire, une brave dame qui en bave dans la vie, épicière à Vallet, boulangère à Mauves-sur-Loire, caissière à Saint-Herblain. Une dame avec qui on serait tenté de s’attarder si on la croisait dans la rue ou au marché, vêtue d’une blouse ou d’un tailleur vintage». Les épicières, caissières et boulangères du département pourraient se porter plainte.

Charlie Tango-Lima

* Attention au terme proc, intervertir deux lettres risque de comparer une magistrate à un Sus scrofa domesticus, animal lardeux qui est en anglais l’équivalent du flic.
** Pour paraphraser le personnage principal de la fiction de Darien, Le Voleur.

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