La lettre à Lulu
Lulu 74-75 - nov.-déc. 2011

Faut fraiment le fouloir. La musique en préfabriqué


L’association a animé Le Fouloir et ses concerts dans l’ancienne piscine d’une villa squattée :*, Les Loubards pédés livrent leur point de vue sur l’ouverture de La Fabrique et l’uniformisation des lieux de concerts. Tribune.


La Fabrique, cette « boîte à musique » que tout le monde applaudit est une arme stratégique contre les lieux indépendants qui se battent depuis des années pour faire vivre une autre idée de la culture, de la musique et de la création en général.

La Fabrique asymétrique
On justifiera la fermeture de lieux trop embarrassants par l’existence de lieux que seule la mairie a choisis. Tout doit rentrer dans des codes très stricts, où tout est pesé, millimétré. Horaires de fermeture, brigade anti bruit, videurs, et autres conditions drastiques sont le lot quotidien de tous ceux qui veulent diffuser de la musique hors les salles officielles. Les pouvoirs locaux veulent avoir le contrôle, surtout quand le lieu devient un repère nocturne. Le Fouloir à Saint-Herblain, par exemple, commençait à être trop visible, trop bruyant, trop illégal et surtout ne rentrait dans aucune des conditions municipales. Fermé !

La Fabrique bien briquée
S’il n’y avait rien dans le paysage culturel nantais, et que des lieux indépendants fermaient, tout le monde crierait au scandale. Mais il y a tellement de festivités pour nigauds, tellement d’éléphants, qu’on ne voit plus rien. Des lieux alternatifs ferment et avec eux toute la diversité culturelle qu’ils apportaient. La magie de lieux comme Le Fouloir ou maintenant Bitche ne peut exister dans aucune salle officielle. Qui se souvient du Paradis d’Asie, du Courtois ? Bientôt plus personne. Et c’est sûr, il n’y aura pas un gros livre comme pour l’Olympic pour retracer leurs histoires.

La Fabrique braque
Symptomatique, l’édito du premier programme de La Fabrique : les cinq associations « invitées » à faire partie du projet n’ont même pas une ligne pour dire ce qu’elles pensent. Seul parle Jean-Marc Ayrault. Ça donne le ton pour la suite. Les assos devront la fermer si elles veulent garder leurs petites places au chaud. La « culture » ne doit pas échapper au pouvoir de la mairie. Peu d’élus avant Ayrault auront autant utilisé la culture comme moyen de séduction politique. Autrefois, on flattait l’électorat avec du travail à la pelle. Maintenant, on le flatte à coup d’éléphant et de merde culturelle. Une aliénation pour une autre. C’est ça, la politique. Trouver ce qui est vendeur. Et à Nantes, c’est le bizgo de la culture.

La Fabrique à chiffre
« Nantes, une éternelle fabrique de talent », dit Ayrault. Effectivement, on a sûrement ici les plus beaux talents pour faire du chiffre avec la culture. Les fins limiers de la Samoa l’ont bien compris, grands amis des promoteurs immobiliers qui veulent faire de l’île de Nantes, où niche La Fabrique, un éden pour artistes bon teint. Et ceux, nombreux qui avaient leurs ateliers dans la halle Alstom et se sont fait déloger par la Samoa pour être relogés à prix exorbitant ne nous contrediront pas. Passer de 40 à 160 euros le m2 par an, avec même pas un chiotte compris dans la location, il y a de quoi manger le pécul. Mais bon, il paraît que c’est pour aider les créateurs...

La Fabrique raque
Question budget, 28 millions d’euros, La Fabrique ne fait pas les choses à moitié. à Saint Herblain, Le Fouloir devait être racheté 250 000 euros par une asso pour un projet de logement et d’activités culturelles. Avec 28 millions, la mairie peut ouvrir 112 lieux comme Le Fouloir ! Mais faut avoir envie de se faire racheter, et de s’asseoir sur son indépendance...

Frigo vintage
Question indépendance, les anciens de L’Olympic sont bien assis ; ils n’ont même pas eu le choix de leur propre nom pour La Fabrique ! Faut dire que le nom qu’ils s’étaient trouvé, « Mon voisin est un éléphant », était pourri, le conseil d’administration a choisi pour eux en faisant appel à un intervenant extérieur qui trouva la perle : Stéréolux. Quel talent. Un nom de frigo pour une salle de musique. Par ailleurs, dans le projet initial de la Fabrique, il devait y avoir une troisième salle, le « Bâtiment C », dédié aux assos. Projet abandonné officiellement par manque de budget.

Royal de Stéréolux
La vraie raison — un secret de Polichinelle dans les couloirs de La Fabrique — c’est que Stéréolux flippait sérieusement que les petites associations lui fassent de l’ombre. Les petites associations ont cette force : elles fidélisent un public et remplissent des salles avec des groupes peu connus ; de quoi se poser des questions sur tout cet argent donné à Stéréolux, alors que d’autres font un boulot nettement plus passionnant pour pas un kopeck !

Olympic et pic et colegram
Il paraît qu’il y a déjà des nostalgiques du défunt Olympic... Mais on regretterait quoi ? D’avoir invité des artistes mémorables comme Emilie Simon ? L’Olympic ? Une salle aseptisée, chère, sans grande originalité, où la programmation se centre sur un bon sens de la négociation financière. Un boulot à portée de n’importe quelle amicale de mélomanes un peu au courant de l’actu musicale. Le budget annuel de L’Olympic (2,3 millions d’euros) permettrait à n’importe quelle association de musique de faire des merveilles !

La cuisine en Fortnica
Pour continuer le voyage à Nantes, il y a la salle Paul-Fort, le Pannonica. Deux salles subventionnées marchant au ralenti malgré des équipes de huit à dix personnes, et un discours de « culture pour tous », d’« ouverture culturelle ». 80 concerts par an, presque autant qu’un bon café concert sans subvention, qui n’a qu’une ou deux personnes pour gérer l’affaire ! Salle Paul-Fort, au Pannonica, les subventions devraient influer sur le prix d’entrée. Rien du tout, les tarifs tournent autour des 10 à 15 euros, voire plus ! Ça en fait des lieux repliés sur eux-mêmes, avec des concerts où on se retrouve à trente, musiciens compris. Expérience vécue. Dommage, il suffisait de faire des entrées à prix libre et tout le monde s’y retrouvait, les musiciens en premier !

Entrée avec conso
Organes puissants de la politique culturelle nantaise, ces lieux n’ont aucune âme, aucun relief, pas d’originalité. Ils participent juste à cette marchandisation de la culture, qui dénature tout. Le résultat ? Des lieux de consommation où l’on s’ennuie. Il n’y a pas de vie, un videur invite à rentrer chez soi dix minutes après la fin du concert. Question : en 22 ans de concerts à L’Olympic, combien de personnes y sont tombées amoureuses ?

Sonne of a Bitche
La Fabrique vient d’ouvrir, espérons que Bitche, un des derniers lieux indépendants, ne commence pas soudain à avoir des problèmes avec la mairie. Si on veut préserver la richesse culturelle et sociale d’un tel lieu, il va falloir se bouger l’arrière-train sérieusement. Le Fouloir a été perdu, battons-nous pour que Bitche tienne le plus longtemps possible.

Les Loubards pédés

* « Va fouloir dégager » et « Le Fouloir bonsoir », Lulu N°71, décembre 2010, et « De squat je me mêle », Lulu N° 58, décembre 2007.

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