La lettre à Lulu
Lulu 50 novembre 2005

Feu à volonté. La com du nautisme a monté un bateau


Dès les premiers froids, remettez une épave dans la cheminée.


Les pros de la plaisance sont des plaisantins. À les entendre, les épaves de bateaux de plaisance qui traînent, c’est fini. C’est ce que clame la fédération des industries nautiques en jouant les violons de sa conscience écologique : «Nous partageons avec nos clients des valeurs communes de protection de l’environnement et de la mer», et blablabla, dit un responsable du groupe Bénéteau, leader mondial de la fourniture de baignoires en plastique jouant les ventouses dans les marinas. Aux assises nationales des déchets à La Baule, les chantiers navals ont tenté de se proclamer vertueux. «Initiative remarquable et unique en Europe», «responsabilité dans la fin de vie des bateaux», «sans aucune pression du législateur». Opération esbrouffe auprès des cercles nautiques et clubs de voile de La Baule et des environs. Parce que voilà : ce baratin sur la valorisation responsable cache un gros mensonge. Les bateaux sont en résine de polyester renforcée de fibre de verre, matériaux composites que l’on ne sait pas recycler. Alors quoi ? Alors, on les brûle. «Aujourd’hui, on constitue des tas. On ne va pas plus loin, on n’a pas les moyens. Ce sont des déchets composites difficilement valorisables», concède à Lulu, un peu gêné, le pyromane Philippe Fourier, délégué général adjoint de la fédération des industries nautiques. D’autant qu’il ajoute que l’on va produire de plus en plus de ces épaves juste bonnes à brûler : «Il n’y a pas, à moyen terme, d’alternative au plastique pour construire les coques, les ponts et les cockpits». Finalement ce geste formidable revient à déplacer les ordures et à les éliminer de la plus mauvaise manière qui soit. L’incinération reste une aberration écologique, économique et parfois sanitaire.
Pour chasser les coques du littoral, à La Baule et dans les environs, on a juste envoyé un camion-grue à l’occasion des Assises des déchets, pour faire disparaître du paysage les épaves, coques éventrées, dériveurs au rebut et vieilles planches à voile collectées. Ces tas de plastique sont ensuite déchiquetés et menés à l’usine d’incinération de Couëron. On récupérera un peu d’électricité, d’un très faible rendement vu la lourdeur des investissements. Le four génère aussi un peu de chaleur mais avec un bilan énergétique déplorable. Rien qui contrebalance les coûts de transport et d’exploitation des centres d’incinération. Mais les saloperies de fumées toxiques crachées en cramant tout ce beau plastique si respectueux de la mer, on n’en parle surtout pas. Super écolo, comme on voit ! Finalement, un véritable écobilan préconiserait d’éviter camions-grues et transports vers des centres de déconstruction régionaux qui restent à construire, avec une solution toute simple : raccourcir le circuit de l’élimination Il suffit de brûler les bateaux à voile sur place, dans les ports. Pour éviter les coûts de transports des acteurs de ce cycle écologique, il est urgent de construire fissa des banlieues sensibles autour de ces pontons.

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