La lettre à Lulu
Lulu 92 - mai 2016

Flirt et filtre. Strontium toi-même !


Une usine de ripolineurs chimiques. Où ça ? En plein quartier populaire de Saint-Naz. On respire.


Airbus envoie en l’air quelques saloperies. On ne parle pas d’avions, mais plus discret, de composés organiques volatils, COV invisibles à l’œil, de vapeurs de chromate de strontium, parfaits pour nourrir le cancer. À Montoir, un arrêté préfectoral du 29 octobre 2014 a mis le holà. Pas plus de 200 tonnes de solvant par an utilisées, sinon gare ! Et 60 t de rejet de COV maxi*, scrogneugneu. Pour les composés du chrome, chromates de strontium, de zinc, etc, on compte par heure, ça fait moins lourdingue : pas plus de 0,5 g par heure.

Pour continuer à polluer en passant sous les mailles des contrôles, Airbus a trouvé la parade : suffit d’externaliser une part de l’activité de peinture anticorrosion des pièces d’avion utilisant du chromate de strontium. Saloperie hautement cancérigène, disent ceux que tout gêne hautement. Une entreprise, Rabas, a été chargée d’aller dissoudre ces sales machins un peu plus loin : 1 300 m, ça suffira. Elle a ouvert un département Rabas Protec, dans le quartier de Méan, juste à côté de la vasière de Méan, et va y brasser 150 kilos par an, en 2x8, cinq jours la semaine, mais aussi, pour les bains de dégraissage, du tétraborate de sodium classé cancérigène de catégorie 1B, et reconnu « reprotoxique », autrement dit « pouvant nuire à la fertilité et au fœtus ». 150 kg par an c’est le volume annoncé par Rabas, qui n’aura qu’à demander une autorisation pour augmenter les quantités…

L’enquête publique s’est tenue aux périodes les plus peinardes, mi-juillet mi-août 2015. Résultat ? Feu vert officiel. En gros, tout baigne. D’ailleurs, les bâtiments voués à cette nouvelle activité de la boîte ont été construits avant l’enquête publique. Les méandres du rapport du commissaire enquêteur apprennent quand même que la production utilisera aussi quantité d’acide sulfurique et tartrique, finissant après rinçage dans des cuves vidangées deux fois l’an, c’est promis. Que les peinturlures « liquides hydrodiluables par pulvérisation », à 80 % appliquées par des robots, finissent en rejets gazeux filtrés et refiltrés (juré, craché !) avant d’être bazardés par deux cheminées. Aucune isolation sonore pour les extracteurs d’air qui doivent propager dans l’atmosphère moins d’une tonne de composés organiques volatils par an, et pas plus : c’est garanti sur le papier. Une tonne gazeuse, quand même… profitant à 80 000 personnes du secteur, estiment les opposants qui assignent la préfecture au tribunal administratif.

Toujours selon le rapport : le site risque d’être en zone inondable. Tout baigne, on vous dit. Maisons voisines de l’autre côté de la rue, école à 150 m, institut pour handicapés en internat à 40 m. L’avis de l’autorité environnementale du 16 juin 2015 note que les « imprécisions et manquements » du dossier font douter de « l’absence de risques pour la santé des riverains ». L’agence régionale de la Santé ne trouve rien à redire, si ce n’est que « la méthodologie de l’évaluation des risques sanitaires » n’est pas conforme aux règles officielles. La société y concède des « retombées atmosphériques pouvant aller contaminer des jardins potagers de riverains » mais affirme que c’est quantité négligeable et que l’impact n’a pas été étudié. « Le barouf qu’on a fait sur le chromate a poussé la Dreal (inspection des installations classées) à contrôler Stelia (ex-Aerolia, ex-Airbus-ville) et à lui demander une régularisation de sa demande de rejets qui sont hors normes » explique à Lulu un des riverains de l’association Vivre à Méan-Penhoët.

Le patron de la boîte se dit exaspéré. Pourquoi on lui cherche des noises, lui qui promet de flirter avec le zéro déchet ? « Ils s’attaquent à un petit. STX, leurs bateaux, ils ne les peignent pas peut-être ? » (L’Écho de la Presqu’île, 11/03/2016) Traduire : Arrêtez de m’emmerder, y a pire à côté. Un truc à ne pas pouvoir voir ses voisins en peinture.

Salvador Dilatoir

* Pour le site Airbus de Bouguenais, c’est limité à 66 t par an et idem 0,5 g de chromate par heure (arrêté préfectoral, 28/10/2014)

Accroche toi au pinceau
La peinture qui craint ? Bientôt interdite. Ou bientard.
Le chromate de strontium ? Interdit en Europe dès juillet 2017. Ou pas : « Le fournisseur de la peinture estime que les recherches sont complexes et que la substitution ne sera réellement applicable qu’après 2019 », note le rapport de l’enquête publique. Avant d’avoir commencé à produire, le patron de Rabas a promis de ne plus utiliser un jour le chromate de strontium cancérigène et le tétraborate de sodium reprotoxique. Proposition « jugée pertinente sous réserve qu’elle puisse être réellement mise en œuvre à  une échéance proche », note le commissaire enquêteur. Résumé : ça craint, on fera un effort mais on ne sait pas quand. Les remplaçants ? Inconnus. Mais il faudra procéder « au plus tôt » à la substitution, dès que cela sera « techniquement et économiquement » possible ajoute l’arrêté préfectoral d’autorisation. Ça promet.

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