La lettre à Lulu
Lulu 69 - juillet 2010

Flower power. L’avion en rose


Où l’on apprend que la rose ne vient pas d’Afrique noire à pied.


C’est la fable du nuage de cendres et des roses d’Afrique. Quand cette fichue fumée de volcan islandais a perturbé lâchement l’économie, le ciel interdit de vol a laissé lamentablement sur le carreau 280 000 roses commandées par les Nantais au Zimbabwe et au Kenya, les deux premiers pays africains exportateurs. Avion jusqu’aux Pays-Bas, douane, chambre froide, reconditionnement, camion jusqu’à Nantes. «C’est vrai, pour le bilan carbone, c’est pas terrible, concède Laurent Duval à la coopérative du Val nantais. Mais le client veut une association muguet-rose, qui est bien plus vendue que le bouquet de muguet pur en grande distribution. Allez savoir pourquoi. Ça ne fait pas nos affaires, mais il faut bien faire du bizness. C’est comme les fleurs en hiver importées de très loin. Ou même le feuillage décoratif qui vient d’Amérique du sud, personne n’en parle». Un nuage aura fait rater ce coup-ci. Les bouquets de muguet de chez nous ont dû se panacher «avec des œillets d’Italie et des freesias de Hollande, et quelques roses glanées in extremis».Petit retour sur l’industrie de la rose au Zimbabwe, démarrée en 1984, en important des plants de rosiers d’Afrique du Sud, d’Israël, de France. En Afrique australe, la rose est grosse mangeuse d’eau et de bromure de méthyle, une saloperie sensée protéger des parasites et « ravageurs du sol » que les Nations unies tentent de remplacer par d’autres substances chimiques, tant ce bromure fait de dégâts à la couche d’ozone, cinquante fois plus rapidement que les fameux CFC. Mais pour l’environnement et la santé des petites mains qui s’affairent sans protection à la culture des fleurs, le mal est déjà fait. Troubles neurologiques, nausées, pertes d’équilibre, pertes de cheveux, vue qui baisse, fausses couches ou naissances prématurées : rien que du bonheur. «Même dans les meilleures conditions, la floriculture, la plus polluante de toutes les cultures, souille les lacs et rivières à proximité des plantations»*. Plusieurs pesticides interdits en Europe, tel le Parathion ou le bromure de méthyle, y sont couramment utilisés. Au Kenya, avant d’inonder nos supermarchés, la rose assèche le lac Naivasha, rendu célèbre par le film Out of Africa de Sydney Pollack. La production se concentre sur les rives du lac qui a perdu en vingt ans plus de la moitié de son volume. Il faut bien irriguer les cultures et les populations amassées pour cultiver ces fleurs. Déjà gorgée de résidus d’engrais chimiques, l’eau pompée pour les bidonvilles y retourne sans le moindre assainissement. «Si aucune régulation n’est mise en place, dans moins de dix ans, le lac ne sera plus qu’un étang boueux malodorant», déplore David Harper, biologiste à l’université de Leicester et spécialiste de cette zone africaine**. Cette vie en rose n’a pas le parfum du bien-être pour les employées des serres. On peut même dire que ça pue, tant côté sanitaire, que social et environnemental. Pour parachever l’équation, le transfert en Europe exigeant fraîcheur a opté pour l’avion jusqu’en Hollande, puis le camion. Pas de quoi chipoter sur le sillage de CO2, cette fumeuse mesquinerie bien dans l’air du temps.

* Libération, le 14 février 2004
** Le Temps (Genève), le 18 février 2010

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