La lettre à Lulu
Lulu N° 78-79 - décembre 2012

Fondu enchaîné. La danse du serpent


Gambergez local, fondez global. La vie sinueuse d’un serpent en aluminium commence ici pour finir en Chine et revenir ici. Quand l’art se fait planétaire, l’artisanat est marron.


Fondu enchaîné. La danse du serpent
Le Premier mimi l’a dit : "Moi je crois au génie français !". Génial ! Revenu dans son fief pour prêcher la bonne parole le 15 octobre, Ayrault a insisté sur le chantier de "la reconquête industrielle" et du refus du "déclin de l’industrie française", en lançant un "message d’espoir" sur le "chemin du courage et de la détermination". Les industriels ont vibré de tant de lyrisme. Le baratin est quand même resté en travers de la gorge de Guy Herbreteau, patron de la fonderie HPI à Luçon, spécialiste du moulage en alu et autres alliages légers. Il a le sérieux sentiment de s’être fait piéger par les sbires culturo-touristiques d’Ayrault. La PME locale a servi de marchepied pour aller faire finalement réaliser ailleurs, à low cost land, la sculpture de 130 m du squelette du serpent géant implanté cet été sur la plage de Saint-Brévin. La bestiole recouverte par les marées est spectaculaire, les coulisses de l’exploit un peu moins élégantes.

L’argent pas un problème

À partir de 2009, la PME de Luçon a été sollicitée par l’équipe d’Estuaire pour évaluer avec un bureau d’étude la faisabilité du projet. Guy Herbreteau réalise des prototypes des deux premières vertèbres d’1,20 m, et de quatre côtes de 2,40 m, le tout en alu, à partir d’une maquette fournie par l’artiste chinois Huang Yong Ping. "J’ai esquissé une enveloppe de budget, sous réserve que les choix technologiques soient validés, ce qui a été fait avec le bureau d’études, confie Guy Herbreteau. Lors d’une réunion avec Blaise il nous a fait miroiter des chiffres en disant que “l’argent n’était pas un problème pour lui“. Deux jours après, j’envoie mon premier devis de 460 000 euros. Là, on me dit qu’Estuaire n’a pas les moyens et que je devais arriver à un devis de 240 000 euros ! Évidemment, impossible. Quelques semaines plus tard, le directeur technique d’Estuaire m’a demandé de l’accompagner pour une mission en Chine dans le but de valider le process du fondeur envisagé par l’artiste chinois. Là aussi, j’ai dit non. Faut pas exagérer. J’ai fait ça pour donner du travail à mon entreprise, pas pour me faire avoir, en prenant en plus une part active !"

Chine Chine !

Gêné aux entournures par les tribulation du serpent en Chine, le grand chef touristico-culturel Jean Blaise lance sa version : "L’œuvre a été faite en Chine parce que l’artiste veut travailler avec ses artisans à lui, avec qui il a l’habitude de travailler en Chine, donc on l’a fait en Chine". Hum... Contacté pour avoir son avis, Huang Yong Ping a fait dire qu’il est aux États-Unis, trop occupé. Mais pour la galerie Kamel Mennour qui le présente depuis des années, "ce n’est pas une décision qui lui revient. Il ne délocalise jamais sa production. Il a plein de projets et travaille souvent avec des fondeurs en France. Il préfère : ça lui permet de mieux suivre la réalisation." L’artiste chinois réside en France depuis 1989 et est même devenu Français. Le budget de la pièce, c’est du ressort du commanditaire nantais.

Coût de la matière

Le parcours du serpent a fait dans le sino-sinueux. Les premiers contacts en Chine ont été cafouilleux : l’intermédiaire choisi ne parlait pas mandarin... Relais est pris par le bureau de Shanghaï de la société LowendalMasaï, un cabinet conseil parisien spécialisé, chasseur des surcharges fiscales, cost killer, récupérateur de TVA sur les coûts engagés à l’étranger, réducteur de charges sociales et d’impôts locaux. Ce spécialiste de la délocalisation met un ingénieur sur le coup pour trouver la bonne boîte, et veiller à un équilibre entre coûts et qualité. "Pour l’anecdote, l’atelier choisi était le même que celui initialement sélectionné, mais qui n’avait pas compris la commande ni fait une réponse dans les règles de l’art", explique Caroline Sueur chez LowendalMasaï. Mais elle refuse de donner le montant de la facture ou de celle de la fonderie. Même opacité au Voyage à Nantes où la secrétaire générale Maud Raffray lâche que "seul l’ensemble du parcours pérenne est à apprécier et à valoriser en terme d’investissement financier". Opacité des Ducs...

Le syndicat des fondeurs de France s’est insurgé contre l’embrouille, l’affaire est remontée au ministère de l’Industrie, mais rien n’a bougé. Ce n’est pas qu’on a pillé le savoir faire local, non. L’épisode chinois s’est soldé en France avec une élégance restreinte. "Je me suis vraiment investi, poursuit Guy Herbreteau. J’ai planché un an sur ce projet, mes compagnons pendant trois mois pour réussir les premiers essais de fonderie. De ma facture de 21 714 euros TTC, on ne m’a payé que 2 392 euros, juste le coût de mon aluminium. On a bossé, et on nous a doublé après avoir bien pompé le savoir faire local pour aller faire faire le tout en Chine". Faut dire qu’avec ce squelette de serpent géant, il y a de quoi halluciner. C’est le coût de l’alu, plus le coup de l’hallu.

Fu Ventramandchou

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