La lettre à Lulu
Lulu 85 - juillet 2014

Gage à Nantes. La marche des éléphants


Mastodonte, le Voyage à Nantes s’installe dans le paysage local comme dans un magasin de porcelaine.


Jean Blaise, l’espace public, ça le connaît. Il est même expert d’envergure nationale, bombardé en avril dernier chef de mission « art et espace public » par la ministre de la Culture. «Cette nomination est une reconnaissance de ce que nous avons fait à Nantes» déclare-t-il à Ouest-France qui le voit comme «précisément inventeur d’une nouvelle relation entre art et espace»*. Démonstration fin juin à l’échelon local. Comme l’installation de la Villa occupada (voir page 3), celle de l’écran de cinéma est un cas d’école de création d’un conflit balourd dans l’espace public. Avec une certaine arrogance à considérer comme négligeables les règles en usage et les autres professionnels œuvrant sur le terrain.

Cantine cant off

La cantine géante montée par le Voyage à Nantes (VàN) au Hangar à bananes a mis en pétard onze tenanciers de bistros et restos de l’île de Nantes. Mi-mai, par une lettre ouverte ironique, ces laissés-pour-compte disent : «Nous qui sommes là toute l’année voyons fleurir de plus en plus tôt, et de plus en plus longuement dans la saison, à l’occasion du Voyage à Nantes, une cantine sur le quai des Antilles, un bar sur le toit de l’école d’architecture. On en passe... Soit des établissements concurrents, temporaires. Fortement promus par cet office touristique nommé Le Voyage à Nantes, hautement subventionnés par les deniers publics, au profit soit dit en passant d’intérêts privés.»

Nid patate

Rappels. La création, en haut de la tour Bretagne, du Nid au décor subventionné, la première installation puis la réfection des cuisines du resto du Lieu unique pareillement pris en charge par le public pour un privé ont soulevé à leur époque les mêmes objections amères. La construction du bar en forme de patate bleu ciel, L’Absence, au pied de l’école d’archi, s’est aussi affranchie des règles de l’urbanisme en se passant carrément de permis de construire, sous prétexte que ce n’était pas une construction mais une œuvre d’art**.

Écran géant écran gênant

Sur la terrasse de leur école d’architecture, cet été, les étudiants ont édifié un écran géant en bois de 9 m de haut et 14 de large, genre cinoche en drive in version piétons pour projeter des films trois soirs par semaine. 27 séances étaient prévues avec des films grand public, agrémentés de courts métrages et de films d’artistes traitant de la ville. L’opération est montée sans concertation avec les cinémas du centre ville, dont c’est pourtant le métier. Ils ont appris la chose incidemment. L’environnement n’a pas l’air d’être le premier souci au VàN et à l’école d’archi. Ayant fait rappel des règles à respecter pour projeter des films sous visa d’exploitation, les quatre cinémas du centre*** sont conviés en catastrophe à une réunion d’explication en avril.

«Pour la méthode, mélange d’amateurisme et de condescendance», dit un de ces exploitants de salle. «Avec un sentiment d’impunité et une condescendance qui en devient puante», reprend un autre. «Le Voyage à Nantes voulait un hôtel ou un camping éphémère mais a abandonné. Trop compliqué à monter question normes. Donc l’option a été de monter un cinéma éphémère, gratuit pour les spectateurs…, nous a-t-on expliqué. Comme s’il n’y avait pas de normes pour le cinéma...» Le 7e art ferait donc l’affaire, et fuck les tracasseries. Pour amadouer les gérants des salles, très remontés, on leur propose de parrainer chacun un soir de programmation puisque «ça va leur faire de la com !» Mais sans recette, puisque c’est sans billetterie. Narquois, le Gaumont propose en retour de louer une de ses salles au VàN. Ça va leur faire de la com...

Emmerdés par la bande

La Drac émet un avis défavorable, la commission locale du CNC aussi, suivie par le Centre national du cinéma lui-même qui dit d’abord niet puis autorise trois longs métrages à visa. Impossible pour le VàN. La communication était toute prête, soit 7 000 euros fichus en l’air, selon le directeur de l’école d’archi. «La bande des cinémas nantais n’a pas cessé de nous emmerder pour nous interdire les longs-métrages. Les plus virulents étant, bien sûr, les cinémas art et essai de la vieille garde qui trouvaient que notre programmation leur était concurrentielle ! Pour éviter tout conflit préjudiciable au projet, il nous a fallu repuiser dans les caves du CNC et ailleurs pour trouver un grand nombre de courts-métrages pour combler les manques des longs-métrages. L’autorisation du CNC est arrivée trop tard, le programme était reconstruit», fulmine Michel Bertreux, enseignant à l’école d’archi.

«Personne ne trouve à redire aux projections en plein air des Heures d’Été, dédiées aux publics des quartiers d’habitat social, qui vont peu au cinéma, mais là, c’est des séances gratuites pour des bobos», dit Sylvain Clochard du Concorde. Il a fait son calcul, la place de cinéma «gratuite» est subventionnée à hauteur de 20 euros par tête. «À ce prix-là, je fais toutes les programmations qu’on veut.» Message aux Nantais, foncez voir ces projections sur le toit de l’école d’archi. De toute façon vous avez déjà payé.

Wim Vendeur
* Ouest-France, le 17 avril 2014.
** « La Cafète patate bleue », Lulu n° 67, décembre 2009.
*** Katorza, Gaumont, Cinématographe, Concorde.

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