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Lulu 54 novembre 2006

Gare au Cougar. Une boîte en plein boum


Même pas mort mais bien amoché quand même. Plus qu'un métier, c'est une économie.


Gare au Cougar. Une boîte en plein boum
Vive les coups de trique et les chaussettes à clous. Rien de mieux pour doper une économie spécialisée. Ouest-France* expose les productions d'une société sarthoise, SAE Alsetex (150 salariés, 17 millions d'euros de chiffre d'affaire annuel) qui équipe gendarmes, CRS et flics du maintien de l'ordre. Une tradition: la boîte avait déjà livré des mines à l'armée dans les années 50. Si elle fournit toujours les mêmes bidasses en grenades à plâtre, Alsetex fabrique surtout du matos de répression pour le marché français, mais aussi anglais, libanais, congolais.. Un si beau savoir-faire national, ça ne se garde pas pour soi. On y concocte toutes les grenades - lacrymos, fumigènes, assourdissantes, fulgurantes, offensives -, des projectiles en caoutchouc, un lanceur "Cougar" qui bazarde des grenades à 200 m. Sur le site de la société, ce lanceur est présenté avec options « poignées et pare-joue anatomiques pour réaliser des tirs tendus de 5 à 30 mètres ». Une incitation à la bavure, en somme.

La société produit des munitions «à létalité atténuée» selon l'expression du journaliste, ce qui veut dire que ça fait pas vraiment trépasser son prochain. Le patron de la boîte, qui maîtrise la double négation, précise quand même: «Rien n'est vraiment non létal». Rien? «Létal», c'est-à-dire qui entraîne la mort, dit le premier dico venu. Il faut donc traduire: tout peut faire clamser son manifestant. Ce qu'en cultivant la négation double et relative, on pourrait paraphraser: même pas sûr que même pas mort.

Autre confidence du taulier d'Alsetex «Les CRS et les gendarmes se plaignaient que les manifestants relancent les grenades lacrymogènes ou fumigènes. Nous avons mis au point une grenade qui contient six sous-munitions à bonds aléatoires de façon à désorienter les manifestants». Le génie humain et l'ingénierie de la répression sont sans limite.

La joyeuse entreprise est détenue par le groupe Étienne Lacroix, qui contrôle déjà Ruggieri, et qui ne fait pas feu que d'artifice. «Lacroix-Ruggieri, comme beaucoup de fabricants d'armes français, s'est engouffré dans la brèche laissée par le traité d'interdiction des mines antipersonnel, signé à Ottawa le 5 octobre 1996 par cent trente-cinq pays, qui stipule: "Une mine est un engin placé sur ou sous le sol, conçu principalement pour exploser ou éclater du simple fait de la présence, de la proximité, ou du contact d'une personne ou d'un véhicule." N'empêche que toutes les mines antichars et tous les systèmes dérivés et vulnérants sont exclus du traité», a bien noté L'Humanité**.

Une main arrachée par ci, un pied par là, c'est autant d'arraché au marasme économique. Vive la France.

Nadine Greux

* Le 4 septembre 2006
** Le 22 janvier 2000

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