La lettre à Lulu
Lulu 85 - juillet 2014

Génie nantais. Main, du cul à la gueule


Nantes, ville cool ? Foutaises. La domination masculine s’y exerce dans la rue en toute impunité.


Rue de Strasbourg, en plein jour. Un mec passe, traite Laura qu’il bouscule de «viande à  viol ». Autour, personne ne bronche. «D’habitude, je m’exprime, mais là je ne savais pas quoi dire. J’en ai vomi plus loin. Ça arrive n’importe quand, à n’importe qui, pas que le soir très tard. Et je m’en suis voulu de me questionner sur la longueur de mon short», dit l’étudiante de 26 ans. « Quand ça m’est arrivé je me suis dit que j’étais un aimant à emmerdes. Je n’avais pas remarqué qu’autour de moi, toutes les filles l’ont déjà vécu, et intégré la peur de marcher dans leur ville », ajoute Cassie.

Place Bretagne, un homme d’une trentaine d’années lance des bisous à la blogueuse MamzellGwen puis, devant son indifférence affirmée, la traite de «connasse». Dans le tram, un mec aviné s’assoit à côté d’elle, lui demande «Tu suces ?». Panique, descendre au plus vite, tracer. On peut multiplier les exemples. Toutes les femmes ont subi ça, jeunes ou pas, canon ou non. Ces mecs ont pour eux l’impunité et le machisme ambiant qui les protège, le sentiment que les femmes sont à leur merci. À la sortie de la gare, un type met sa main entre les cuisses de Patricia : «Il a pris la baffe de sa vie en retour.»

Mais toutes les Nantaises n’ont pas la baffe enclenchée prête à partir, ou des prises de self défense dans le sac à main. Alors on biaise. Il y a des lieux à contourner si on veut baguenauder tranquille. Le Bouffay, la place du Commerce, les arrêts de bus à certaines heures, les fermetures des bars. «Je me tiens à l’écart, je me rapproche d’autres femmes, je regarde par où je vais pouvoir m’enfuir en courant», dit Cécile. Pour ne pas se faire emmerder, des femmes baissent la tête, évitent de croiser de regard des mâles à l’affût, traversent la capuche baissée, le nez dans un portable, au pas de course, sans sourire. Faire carrément la tronche. Changer de trajectoire, de trottoir, paraître invisible. S’habiller ample, si possible avec une combinaison de ski et deux doudounes l’une sur l’autre. Marcher vite. Des esquives connues mais qui obligent à se résigner, à laisser l’espace public aux prédateurs. Des femmes en ont eu plein l’cul. Besoin de se faire respecter, sans esquiver ni s’habiller dans des sacs informes en jute.

Pas évident d’expliquer posément à un de ces relous que sa réflexion au ras du trottoir est bien une agression qui transforme la femme qui passe en proie. Que de l’invective lourdingue à la main baladeuse, il n’y a qu’un pas. Que le refus déclenche souvent l’insulte, après les paroles faussement bienveillantes, puis menaçantes, et avant les gestes violents. «La drague, c’est différent, c’est de l’échange. Il faut être consentante», dit Laura, une des créatrices de « Colère nom féminin », asso nantaise de dix jeunes femmes dépassées par le succès de leurs sacs et débardeurs affirmant en lettres bien tournées : «Ta main sur mon cul, ma main sur ta gueule». Dix mille fans sur la page FaceBook en deux mois. Cet été, avec les gains des premières ventes, un stage de self défense féminin est financé. Après l’ère du constat, il faudra passer à la solidarité dans la rue, le bus. Parler à l’agresseur, casser le face-à-face du prédateur. «Il faudrait prendre ça au plan municipal, dans les transports en commun, et surtout dès l’école primaire.» À trois  ans, si on ne veux pas de bisou du copain de maternelle, c’est que «non c’est non». C’est simple à retenir, c’est le même non au début et à la fin.

Simon Debeaufoir

Le site de Colère nom féminin

Voir aussi : "Alors, on baise ?" Alors on biaise, le regard de Gwen Blosse sur les agressions dans la rue

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