La lettre à Lulu
Lulu 60 - juin 2008

Grand corps malade

P.O. de chagrin


Bavure de presse : Lulu annonce prématurément la mort de Presse-O. En se moquant de l'acharnement thérapeutique du groupe Ouest-France. Presse-O, condamné à mort avec sursis. Déjà mort, ou presque, mais on sait pas la date exacte.


Grand corps malade
Dans les couloirs de Presse-O, le jeu du moment, c'est un concours de pronostics qui vire au diagnostic. Tiendra combien ? Deux ans, un peu plus, moins ? «On est morts, affirme un journaliste… Le plan de relance, c'est un écran de fumée. Avec le passage au format tabloïd, on va perdre 15 000 lecteurs. On en avait déjà perdu 10 000 lors du changement de maquette en 1998. On supprime la Vendée, Ancenis, Châteaubriant, c'est un boulevard pour i[Ouest-France. On nous dit qu'il faut s'axer sur les faits divers, les faits de société, et le sport, pour se différencier au maximum de ce que fait Ouest-France. Mais Ouest-France fait aussi les faits div et le sport…]i » Quoi qu'on en dise, ça va mal: absorbé fin 2005 par l'empire Ouest-France, Presse-O a enregistré en 2007 un déficit de 3,7 millions d'euros, pour un chiffre d'affaires de 18 millions.

Le plan de relance a été concocté par Dominique Luneau, ancien journaliste économique de la maison, désormais directeur général délégué, après avoir monté l'agence de presse économique API, et dirigé Télénantes. Il a d'abord fallu supprimer Vendée-Matin et les rédactions d'Ancenis et de Châteaubriant où le journaliste local n'a déjà plus de secrétaire depuis longtemps, pas de remplaçant le week-end et pratiquement pas de correspondant.

Le moribond en avant

Après la casse, le plan de relance prévoit de diviser le format par deux en passant au tabloïd, et de cibler les «jeunes actifs des classes moyennes et populaires qui constituent un vaste réservoir de clients, actuellement peu lecteurs de la PQR». Seulement voilà, on ne peut pas dire qu'il ait convaincu son monde, ce bon plan. Le 5 mai dernier, une assemblée générale a réuni 73 des 92 salariés (chefs compris) de la maison. 73 employés, journalistes, ouvriers et cadres, qui ont tous unanimement voté contre le plan de relance sauce Luneau. Tous. Deux jours plus tard, les élus du comité d'entreprise se prononcent en bloc contre. Le syndrome de l'adhésion zéro, en somme. Les élus du CE affirment alors: «Nous refusons la fermeture de la Vendée qui va à l'encontre des engagements pris vis-à-vis des salariés et du Conseil de la concurrence. La direction n'a pas laissé ses chances et le temps à l'édition vendéenne de se maintenir et de se développer, alors même que la diffusion, l'impression et le portage commencent tout juste (enfin) à se stabiliser». D'autant que cette fermeture tombe justement en plein frémissement: les ventes de mars progressent de 12% sur le mois et de 1,6% sur un an. Bien sûr, on part de très bas, avec 6.500 exemplaires en Vendée en 2007, alors que le titre en vendait plus de 15.000 en 1990.

Personne n'ose subodorer un sabotage en règle de Vendée-Matin. Une estocade en somme. «De trois éditions, on est passé à une seule, face aux trois éditions d'Ouest-France, commente Laurent Huou, délégué syndical Sud. Le couplage de pub nous a obligé à absorber les encarts des trois éditions en une seule, ce qui a donné l'impression d'un catalogue de promo et de pub. Pour le même prix, OF offre plus à lire… » Et comme en Loire-Inférieure, le portage a souffert du passage de deux réseaux à un seul, unique pour Ouest-France et Presse-O. «On a eu des lettres d'abonnés disant qu'ils n'avaient pas eu leur Presse-O le matin. Ou alors qu'ils avaient carrément reçu Ouest-France à la place!»

Prospectueurs à gages

Les retards d'imprimerie pénalisent aussi le journal nantais: le 10 mars, lendemain du premier tour des municipales, 13.000 des 20 000 exemplaires portés de Presse-O n'ont pas été distribués. Sur des ventes à 45.000, ça fait mal. De son côté, Ouest-France a balancé au plus tôt les résultats sur internet. Et a bénéficié d'un portage sans bug. Entre les deux, c'est pas vraiment le commerce équitable. Les particuliers qui passent des annonces pour vendre leur voiture ou leur maison s'adressent à la régie Précom (du groupe Ouest-France) qui passe l'annonce dans les deux titres, mais ne relance le particulier qu'avec des promos pour Ouest-France. Jamais pour Presse-O qui en aurait pourtant bien besoin.
De leur côté, les prospecteurs qui placent des abonnements promo des deux titres doivent plafonner 20% de leur activité pour Presse-O, contraints de maintenir la part belle à conforter la prospérité d'Ouest-France.

Moins pour plus

Grand corps malade
Pour le plan de reconquête en Loire-Inférieure, la motion des élus du CE se demande «comment parler de relance du titre dès lors que le projet prévoit d'abandonner une partie du territoire (en fermant les antennes de Châteaubriant et d'Ancenis), une baisse des effectifs, une réduction de la pagination alors que la publicité est censée augmenter dans le même temps, (et) une réduction des moyens accordés au budget des correspondants? Ce plan reste purement économique et ne laisse aucun moyen supplémentaire à l'ambition du développement du titre». Et les salariés doutent sérieux que le journal new look puisse capter d'actuels «non-lecteurs» de la presse locale qui achèteraient «un journal plus cher que son concurrent, avec moins de contenu» Question plus cher pour moins lourd, le dimanche se pose là: jusqu'ici, Presse-O était vendu avec le supplément Fémina quadrichromisant mode et cuisine, vendu 15 centimes de plus que la semaine, soit 0,90 euro. Désormais, fini Fémina, mais le journal tout seul coûtera quand même 85 centimes. Moins pour plus. Un moyen assez simpliste de tenter de renflouer les comptes. Pourvu que les lecteurs ne se rendent compte de rien.
Yves Morosi

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