La lettre à Lulu
Lulu 54 novembre 2006

Gris gris. Le bras long de l'ex-bras droit


Passé d'éminence grise à éminent gris, l'ex conseiller d'Ayrault pète les plombs, et les bouteilles d'un bar en face de chez lui. Rassurons l'opinion publique, il va bien.


Gris gris. Le bras long de l'ex-bras droit
Si un bruit te dérange, écoute-le, dit le sage*. Raté. Le café-concert fait du bruit, mais le voisin n'écoute que sa colère. D'autant qu'il a le bras long. Et une colère à bras long, ça brasse, forcément. Le bistrot, c'est «Le Vestiaire» au bout de l'Ile Feydeau. Le voisin pas content, c'est Jean-Louis Gentile, ex-conseiller d'Ayrault, ex-expert ès dossiers sensibles au cabinet du maire jusqu'à son récent départ à la retraite. Gentile se plaint de nuisances sonores. De l'autre côté de la rue, le bar étudiant ferme à 2 heures du mat, mais n'a pourtant pas d'autre voisin mécontent. «C'est bruyant. Ce n'est pas romain, d'accord, mais leur genre de tonus étudiants, c'est chiant. Il y a beaucoup de bars rue Kervegan, il y a un effet canyon», explique Jean-Louis Gentile à Lulu. Hautain devant les tenanciers du bar, il répète :
«Vous savez pas qui je suis…»

Les gérants du rade ont changé une porte, condamné une fenêtre à l'étage, donné des consignes aux clients, rien n'y fait. Gentile leur envoie régulièrement la police municipale, et, après minuit, la police nationale, puisque les municipaux sont couchés, soupire-t-il. La police n'enregistre pas ses plaintes, d'autant qu'il reproche parfois du potin du matin, à 6 h du mat, soit quatre heures après la fermeture. Le 12 octobre, ça a mal tourné. Il est 19 h 30, la fanfare de l'école Centrale joue dans la rue, à côté du café. Indigné, M. Gentile somme la poulaga municipale de faire taire ces salopards. Engueule les flics qui ne veulent pas obtempérer. La fanfare est partie, la maréchaussée locale ne voit pas ce qu'elle pourrait bien verbaliser. Pendant que le gérant du Vestiaire montre ses efforts et investissements pour insonoriser, Jean-Louis Gentile pénètre dans l'établissement, bondé en cette happy hour, passe derrière le comptoir, bouscule la serveuse, s'y reprend à deux fois pour balancer les bouteilles alignées derrière le bar. Comme dans les films sur la prohibition à Chicago.

Pas un couard

Sur ce, le trublion de luxe est embarqué, cette fois par la police nationale, direction commissariat central. Un coup dans les carreaux (0,48 g dans le sang), l'ex-bras droit d'Ayrault monte sur ses grands airs de bourgeois offusqué. À Waldeck, on apprécie assez peu le coup de fil officiel demandant de ne pas lui chercher des noises, reçu avant même que l'éminent gris soit déféré au commissariat. Mais l'incident est quand même clos. «J'ai été entendu par l'officier de permanence. Il n'y a pas de poursuite dès lors que je rembourse la casse», confie Gentile. Monsieur Vous-savez-pas-qui-j'suis s'en tire pas mal. «Jusque-là, c'est ma femme qui dialoguait avec les gérants du bar. Compte tenu de mon expérience, je ne voulais pas passer pour un couard : je m'en suis occupé. La police ne voulant pas constater le trouble à l'ordre public, ça m'a fâché, j'ai voulu les inciter à intervenir. Je ne savais plus quoi faire. J'ai précipité par terre des bouteilles, une ou deux».

Par écrit, il a pourtant concédé «cinq à six bouteilles», contestant fermement le chiffre de vingt bouteilles avancé par les gérants du bar qui ont porté plainte pour «dégradations de biens privés», chiffrant la casse à 1335 euros. Des bouteilles ? des broutilles, oui. Toujours très sûr de lui, même si les deux polices n'ont rien constaté, ni dressé le moindre PV, Gentile maintient mordicus que le bar était en infraction, dans une lettre où il ergote le mode d'estimation des dégâts : «Je veux bien payer sur les bouteilles cassées, pas sur les verres qu'ils n'auront pas vendus ». À l'appui, il cite une jurisprudence civile de la cour de cassation, histoire de montrer qu'on la lui fait pas. Au secours, les vandales en loden ont un Dalloz !

Au Vestiaire, la pression monte quand même : la brigade municipale anti-bruit qui décerne les autorisations de concerts dans les bars déboule quelques jours plus tard. Relève 78 décibels à l'intérieur du troquet ; au-dessus des 65 décibels autorisés. Pas de barouf pourtant, juste quelques clients discutant et un filet de musique en fond. Même en éteignant la musique, l'appareil reste à 78 décibels. Le responsable de la tranquillité publique : il tient son flag.
Il ne reste plus aux gérants du Vestiaire qu'à se spécialiser dans la clientèle des sourds-muets. Ou d'aller se rhabiller.
Philippe Tessons
* John Cage, en fait.

Lu 2904 fois













La Lettre à Lulu : Lu dans Le Canard. Lulu aussi est assez fan de Pascal Praud....https://t.co/LAJPWsoNq1 https://t.co/YUqAxhraDc
Jeudi 16 Novembre - 14:12
La Lettre à Lulu : RT @radio_cayenne: @karacole__ @MegaCombi @Nantes_Revoltee @laderivenantes @Klaxon_Radio @KlaxonRadio @laCGT44 @ZAD_NDDL @solidaires44 @Fro…
Jeudi 16 Novembre - 10:34
La Lettre à Lulu : Dans son numéro 93 (juillet 2016), La Lettre à Lulu rendait hommage à Marcel Zang en publiant "Le cafard", une fabl… https://t.co/zI2uiLUfdC
Mercredi 15 Novembre - 19:43
La Lettre à Lulu : Slogans vite effacés des murs pendant les manifs du printemps 2016, mais immortalisés dans Lulu 93 (juillet 2016)… https://t.co/nz5r5XMVW6
Mercredi 15 Novembre - 19:42
La Lettre à Lulu : RT @LeRavijournal: Sélection ? Privatisation ? Démocratisation ? Politisation ? Fac en fusion ! Cf le nouveau Ravi ! https://t.co/6jBtWRQls…
Vendredi 3 Novembre - 18:46