La lettre à Lulu
n°3 - mar

Gros slip. Saint-Herblain, capitale du placard


Saint-Herblain, riante bourgade de la balieue nantaise, est menée d'une main de fer par son maire, Charles Gauthier (PS) et son fidèle majordome, lesquels ont fort à faire avec les petits emmerdeurs
de rien du tout.


Gros slip. Saint-Herblain, capitale du placard
Charles Gautier apprécie qu’on dise du bien de lui. Le maire de Saint-Herblain l’exige même. Mais la démocratie oblige à bien des concessions. Comme de supporter la contestation. En cas de lèse-autorité, le grand majordome Dominique Diversay, officiellement directeur de cabinet, officieusement surnommé « P’tit Slip » pour ses antécédents de maître nageur, se mouille pour sauver son maître. Pour faire taire les petits emmerdeurs de rien du tout, le placard est l’arme favorite : ceux qui n’ont pas les opinions du chef, ceux qui ne sont pas assez déférents, ceux qui ont osé se mettre en avant à la place du calife, tous y passent… L’atmosphère à la mairie est volontiers irrespirable, les sanctions pour manquement à l’obligation de réserve des fonctionnaires parachevant le climat. Comme personne ne veut finir comme les petits emmerdeurs de rien du tout, chacun s’écrase et laisse Gautier jouer aux cubes sur le parking de ses supermarchés, laissant construire des cinémas comme s’il en pleuvait. Vingt-six salles d’un coup ! Mais quand on le cherche, Gautier se remet en pétard. De la carotte et du bâton considérés comme les derniers des beaux-arts herblinois.

Viré pour 100 g ou un mot de trop

Après un an de service, Laurent Dupuis, embauché comme rédacteur de la revue interne Transat, destinée au personnel, a été remercié après censure d’un article – pourtant bien anodin – donnant la parole à la CGT en octobre dernier*. Le contrat à quart-temps du journaliste n’a pas été reconduit, « alors qu’on m’avait demandé un vrai travail de journaliste, sans censure » dit-il. Il ne faut pas grand chose pour déplaire.

Cuistot stagiaire à la cuisine centrale partagée avec Rezé pour servir les écoles de Saint-Herblain et Rezé, monsieur Ademain a été éjecté en 1992 après faute gravissime : cent grammes de trop dans une part de hachis Parmentier ! Malgré l’avis défavorable de la commission paritaire où siégeaient des conseillers municipaux de Charles Gautier, le manitou a opté pour le licenciement.

<I>* Les passages les plus insoutenables évoquaient des « relations délabrées dans certains services », et une « remise en cause de notre rôle [celui de la CGT] par la municipalité qui communique avec les agents communaux sans tenir compte des syndicats et qui transforme les instances paritaires en chambres d’enregistrement… »</I>

Comptable escamotable

Gros slip. Saint-Herblain, capitale du placard
La comptable de l’Office municipal de la jeunesse a pu bloquer le ressort de son siège éjectable. La mobilisation syndicale a contré à temps une procédure de licenciement lancée contre ce vilain élément. Pour tenter de la remercier, on a exhumé des broutilles, certaines vieilles de huit ans. Motifs futiles qui n’auraient pas pesé lourd devant les Prud’hommes. Le climat étant devenu invivable pour elle à l’OMJ, la mairie envisage de la reclasser dans l’effectif communal. Sauf que n’ayant pas passé les concours de la fonction publique, la comptable ne s’est vue proposer qu’un poste d’agent administratif, soit une perte sèche de quelque 3 000 F par mois ! Du découragement considéré comme une arme des « ressources humaines ».

Avancement à retardement

A Saint-Herblain, balayer est une école de patience. Si le cadre légal de l’avancement des petites mains fonctionnaires prévoit en France un délai de huit ans pour grimper d’« agent d’entretien » de base à « agent d’entretien qualifié », avec un gain royal de 352 F mensuels à la clé, à Saint-Herblain, cet avancement-escargot est freiné. Au bout de ces huit ans, seul un cinquième de l’effectif est promu. Ce qui, dans le moins bon des cas, porte à treize ans l’ancienneté requise pour passer bala-yeur qualifié. Le tout à l’appréciation des chefs de service qui peuvent faire lanterner les « mauvais sujets ».

Cette mesquinerie herblinoise contraste salement avec le zèle mis par les élus pour que leurs indemnités soient calculées au maximum prévu par la loi, en cumulant la majoration due aux programmes DSQ* appliqués à Saint-Herblain et le bonus que peut revendiquer tout chef-lieu de canton (+ 15 %). Ces avantages ne sont octroyés qu’aux bons élus gautieristes. Les autres n’ont pas de fonction d’adjoint, ou de conseiller subdélégués sauf pour les mariages. Mais justement, ce rôle de marieur ne donne droit à aucune indemnité.

<I>* Développement social des quartiers.</I>


Le grand amalgameur

Entre la promotion au ralenti du petit personnel et les indemnités des élus jamais mieux servis que par eux-mêmes, la CGT dénonce deux poids deux mesures. Ce à quoi le maire rétorque furibard que « ce type de langage amène le débat sur un terrain anti-démocratique », Charles Gautier finissant par lâcher : « La CGT en utilisant ce type d’arguments utilise le même langage que Le Pen ! » De l’amalgame à la croix gammée, toute une gamme de nuances…

Souteneurs forcés

Ici, on ne s’embarrasse pas de détail. Détail, l’accord de ceux ou celles figurant sur la liste de comité de soutien au grand Charles local avant les élections municipales. Certains ont découvert leur nom sur cette liste sans avoir été consultés. Ceux qui ont eu l’outrecuidance de s’en offusquer ont fini au placard, privés de bureau.

Esprit de famille

Il y a des profils de carrière plus heureux que ceux des balayeurs. Ainsi Annie Gouzien après avoir été journaliste d’Ouest France à Saint-Herblain jusqu’en 1995, (son mari étant directeur de l’OMJ puis directeur du service d’insertion à la Ville), a fini par être embauchée comme journaliste pour le bulletin municipal. Une bonne recrue pour la voix de son maire.

Sur-mesure. Le directeur recruté illégalement

Paul Morizeau n’a pas de chance. Homme sûr recruté sous contrat début 93 à Niort pour reprendre en main la Médiathèque*, Popaul n’a pas les concours requis par la fonction publique territoriale pour exercer son poste de directeur administratif. Simple hic, contourné par les pontes herblinois qui lui ont taillé un costume sur mesure avec profil de poste trafiqué pour échapper aux obligations légales. Alerté, le préfet a intenté en août 1995 un recours en annulation devant le tribunal administratif. L’affaire est à l’instruction.


<I>* Dont l’ancien directeur a été maintenu – avec salaire et avantages –, ce qui fait de la médiathèque herblinoise une rareté bicéphale en France.</I>

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