La lettre à Lulu
n°18/19-été

Hollandais violent. Sous la coupe du patron sur mesures


Contre le marasme économique, il suffit de piquer sa crise. Une spécialité qui a besoin de caporaux d’industrie, comme Nicolaas Leliveld.


Hollandais violent. Sous la coupe du patron sur mesures
C’est ainsi : dans le bocage vendéen, les ateliers de coupe, de couture et de finition de vêtements sont dépourvus de trottoirs. Si bien que les ouvrières qui ont eu Nicolaas Leliveld comme patron n’ont pas bien saisi l’humour tout en nuances de ce plaisantin furibard régulièrement grimpé sur une table pour hurler : «Vous n’êtes même pas bonnes à aller faire le trottoir !».

Comme dit une piqueuse, «il a l’air de Boris Eltsine quand il a bien bu». Une légère surcharge pondérale lui a valu d’être surnommé «le gros». C’est injuste. Nicolaas Leliveld est juste un patron grossièrement amoureux du rendement. Quand il traite une ouvrière à son poste de travail de «bonne à rien» ou d’«handicapée physique», toujours en vociférant, ce n’est que pour son bien. «Une bonne engueulade de temps en temps, ça remotive», théorise-t-il, avant de faire changer de poste celle qu’il a insultée en public, pour la replacer temporairement là où il est moins difficile de tenir les cadences. CQFD : enguirlandez les cousettes, elle retrouvent illico la voie du rendement.

Ce patron cultive le plaisir de faire craquer ses salariées, en larmes devant leur machine, et de doper la consommation de tranquillisants avalés pour tenir dans ce climat pesant. «Il crie comme une bête furieuse», témoignent des couturières. Le patron hurleur affiche volontiers ses listes noires : «les personnes dont le nom suit ont toute une activité inférieure à la norme et seront contrôlées deux fois par jour». Selon le vieil usage de diviser pour régner, il publie ensuite le nom des bonnes ouvrières qui ont redressé leur productivité. Parfois, «le gros» manie l’ironie : «Je ne sais pas comment vous faites. Je vous admire de vivre avec 5000 F par mois» quand il ne se vante pas sans vergogne : «Je suis au chômage, je touche 17 000 F par mois et en plus de ça, je me fais un salaire de chef d’atelier sur la boîte qui reste ouverte». Ça, c’était quand Monsieur jonglait avec la fermeture de ses entreprises. Car malgré sa corpulence, Nicolaas Leliveld est un vrai acrobate d’entreprise (<a class='font4-14' href='/index.php3?action=page&id_art=13544'>voir aussi</A>). Mais quand on l’interroge sur son comportement, il pique vite une colère : «C’est vrai de temps à autres, je rappelle à mes filles qu’elles sont là pour travailler. Si vous voulez me traiter de marchand d’esclaves, alors que je me suis battu, sans intérêt financier pour sauver 125 femmes du chômage certain, mettez donc vos petits papiers dans vos toilettes et torchez-vous avec !». Un vrai modèle de prêt-à-s’emporter.

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