La lettre à Lulu
Lulu 49 été 2005

INESpérée. Nantes alimente la piste malaise


Le sous-traitant du ministère de l’Intérieur a déjà kualalumpirisé allègrement la biométrie. Les Français n’ont qu’à bien se tenir.


INESpérée. Nantes alimente la piste malaise
Après le Petit Lu et la sardine en boîte, Nantes a enfin des fleurons plus modernes. Société spécialisée dans la biométrie, Caméon vient de réaliser pour le ministère de l’Intérieur une étude de faisabilité d’un boîtier mobile permettant de contrôler l’identité biométrique de tout citoyen à faciès louche. Le tout connecté au central du FNAEG, le Fichier national automatisé des empreintes génétiques. Caméon a remporté le marché de l’étude d’ergonomie du machin grâce à ses antécédents, notamment la participation à une société en joint venture en Malaisie, Tricubes*, qui vend déjà ces petites machines flicardes. Des petits boîtiers design qui passent au scanner les photos numérisées et les empreintes des deux mains de dix millions de Malais déjà dotés de carte d’identité électronique. Le matos nanto-malais est aussi en activité sur les aéroports de Paris. Editeur de logiciels intégrant la biométrie dans des applications informatiques, Caméon est né dans le giron de la technopole Atlanpole. La boîte développe aussi un capteur d’empreintes des doigts relié aux ordinateurs pour remplacer les mots de passe d’accès. «La CNIL interdit la constitution de bases de données d’empreintes digitales. Ça limite le champ d’action de nos activités» , se lamente le pédégé**. Laurent Michel, qui concède aussi que le prix est un obstacle mais que c’est plus «le sentiment de flicage» qui bloque les utilisateurs. C’est vrai que c’est le produit idéal pour la parano de bureau, contre la menace des stagiaires espions chinois ou les agents doubles occidentaux farfouillant dans l’informatique de l’entreprise, voire contre les syndicalistes ou les cadres indélicats qui risquent de se connecter sur des ordinateurs qui ne sont pas les leurs. Le patron de la société plaide que ses systèmes ne «vont pas envenimer les choses : ça ne va pas aggraver notre taux de surveillance. C’est anecdotique quand on sait déjà tout sur chacun, ses habitudes de consommation, ses goûts, les sites internet consultés. On est déjà largement surveillés, mis en bases de données…». Alors un peu plus, un peu moins, après tout... Tant qu’à faire, pourquoi ne pas instaurer tout de suite la prison préventive à la naissance, avec un suivi très strict d’une libération conditionnelle révocable à tout instant ? Le 14 février 2005, le ministère de l’Intérieur explique qu’il travaille avec celui de la Santé sur «l’urgence et la complémentarité de deux grands projets de modernisation : la carte vitale 2 pour la santé des Français et l’identification nationale électronique sécurisée (INES) pour leur identification». La complémentarité doit lutter contre «la multiplication des fraudes et des usurpations d’identité», dont personne n’avait remarqué que c’était un fléau.

Bioman contre-attaque

La PAF, la police de l’air et des frontières ne suffit pas à Dominique de Villepin : «nous avons besoin d’être extrêmement stricts et fermes», dit-il le 12 mai. Il imagine des hordes de clandestins et voit des filières partout. Il lui faut des nouvelles escouades de flics anti-immigrés, comme si l’actuelle police ne suffisait pas. Il préconise de nouveaux fichiers pour lister les attestations d’accueil, chasser les mariages suspects, contrôler les visas. Pour ça, il a une arme technologique : la biométrie qui permet d’identifier par les caractéristiques physiques, empreintes digitales, mais aussi paume de la main ou dessin de l’œil. Le 22 mars 2005, à l’Assemblée nationale, le député Thierry Mariani interpelle (sans le menotter) Villepin sur la fausse-paperasse qu’il appelle «le véritable fléau de la fraude à l’identité» favorisant la «fraude aux prestations sociales», «les criminels en général» et les «terroristes en particulier». Au secours ! Il ajoute que «Les Etats-Unis, afin de mieux garantir leur sécurité, ont décidé de supprimer la dispense de visa de court séjour pour tous ceux qui ne seront pas titulaires d’un passeport biométrique». Du billard pour le ministre de l’Intérieur qui peut vanter son projet INES doté d’ «identifiants biométriques dans les titres de séjour mais aussi dans les visas», enjeu selon lui contre le terrorisme et l’immigration irrégulière. Le ministre de l’Intérieur et des empreintes généralisées annonce un calendrier «rapide et ambitieux», qui doit expédier une loi cadre avant le prochain réveillon, pour délivrer ces titres d’identité de science-fiction avant fin 2006, «conformément à nos engagements européens dans la concertation avec nos amis américains». Comme chacun sait, nous sommes tous américains. C’était à la une du Monde, aux lendemains du 11 septembre. Des lendemains qui durent.

i* [www.tricubes.com
** L’Hebdo, juillet 2005]i

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