La lettre à Lulu
Lulu 52 avril 2006

Inter-mi-temps. Pas qu'ça à foot


J'intermitte, tu exploites, il contrôle, nous minimisons, vous dégonflez, ils regardent le match à la télé.


Inter-mi-temps. Pas qu'ça à foot
Ce soir-là, les boss des intermittents ont beau prétendre que les inspecteurs du travail épluchant l'emploi du temps de leurs salariés n'étaient là que pour voir le match à l'œil, ils n'en mènent pas large. Le 16 octobre 2004 au stade de La Beaujoire, une quinzaine d'inspecteurs du travail se relaye toute la journée et la soirée pour éplucher les contrats et les conditions de travail des équipes de retransmission télé du match Nantes-PSG. Les coulisses du commentaire sportif sous haute surveillance. Le match est à 20 h, mais cameramen, techniciens et porteurs de câbles sont sur le pied de guerre depuis le matin. Des procès-verbaux sont dressés par les inspecteurs du travail relevant jusqu'à 16 et 18 h d'amplitude de boulot, payé beaucoup moins. Donc du travail dissimulé. Pour la première fois, on s'attaque aux gros employeurs des intermittents, dans l'audio visuel. L'inspection du travail nantaise prévoit même d'édicter un protocole d'intervention dans les stades de foot, pour ses homologues dans toute la France. Ça aller barder.

Patate accouchant d'une souris

Finalement le PV du contrôle n'est transmis qu'en juillet 2005 au procureur et il a subi une sérieuse cure d'amaigrissement, réduit à un délit d'entrave à l'inspection du travail, certains documents et contrats n'ayant pas été donnés par l'employeur, la société Visual TV. Et là, deuxième surprise : le parquet de Nantes, se dessaisit de l'affaire pourtant bien dégonflée, refilant le bébé à Nanterre où est situé le siège de Visual. La patate chaude accouchant d'une souris, le parquet de Nanterre envisage de solder l'affaire par un simple rappel à la loi, juste les gros yeux au patron de Visual. Puis le procureur propose une médiation judiciaire, un arrangement évitant un procès public, avec un petit chèque de dédommagement à la clef. Partie civile, le Syndicat national des techniciens et réalisateurs CGT refuse l'embrouille. Les militants attendaient beaucoup d'une décision de justice faisant jurisprudence. Mais leur avocat n'a toujours pas pu, malgré ses demandes récupérer le dossier. Pas bon signe.

Interrogé sur le devenir de la procédure, Guy Oger à la tête de la direction départementale du travail, semble dépité : «On aimerait bien savoir ce que c'est devenu. On n'a eu aucun retour. Nos PV sont partis d'un côté vers la justice, de l'autre vers nos propres services pour contrôler les sièges des entreprises». Quelques semaines après le blocage du festival d'Avignon, le gouvernement avait insisté sur le fait de traquer les vrais profiteurs du système. Les sous-traitants des chaînes de télé peuvent continuer en toute impunité à tricher sur les contrats de leur personnel intermittent. Aucun risque qu'on siffle l'inter mi-temps.

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